À propos de Pierrat de Seze

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LA MEMOIRE DES MORTS

Par Emmanuel Pierrat

 

Le droit français n’accorde une protection que très relative à la mémoire des morts. Un jugement du Tribunal de grande instance de Paris, en date du 8 novembre 2018, l’a encore récemment rappelé.

L’affaire portait sur la nécrologie d’un homme politique. Son fils avait assigné en diffamation en raison d’un texte dont quelques termes suffisent à donner le ton : « Prébendes, clientélisme, achats de votes, le système D. tourne à plein régime ». La chambre de la presse s’est appuyée sur un point très technique de droit des successions pour déclarer cette action irrecevable.

En théorie, à l’article 34 de la classique loi du 29 juillet 1881 sanctionne les « diffamations ou injures dirigées contre la mémoire des morts ». Les héritiers peuvent en apparence attaquer, mais seulement « dans les cas où les auteurs de ces diffamations ou injures auraient eu l’intention de porter atteinte à l’honneur ou à la considération des héritiers, époux ou légataires universels vivants. »

Il faut donc aux héritiers démontrer que les allégations problématiques ont pour but de discréditer également leur propre réputation, ce qui reste, au vu de la jurisprudence, un exercice assez périlleux. Les conditions posées, qui sont appliquées très restrictivement par les juridictions, conduisent à ce que les ayants-droits ne puissent poursuivre que si leur propre honneur est mis en cause, c’est-à-dire en pratique que dans les cas où ils sont eux-mêmes diffamés par les imputations litigieuses.

Quant aux autres fondements imaginables, ils sont, là encore très ténus.

Rappelons en effet que l’article 9 du Code civil, sur lequel repose à la fois le droit au respect de la vie privée et le droit à l’image, dispose que « chacun a droit au respect de sa vie privée ». Mais la loi reste muette sur ce respect après le décès de la personne visée.

Fort de ce silence, la jurisprudence considère que l’action en respect de la vie privée n’appartient qu’aux intéressés de leur vivant.

La Cour d’appel de Paris a, par exemple, très clairement indiqué, en 1986, après le décès de Gérard Lebovici, que la publication d’une information ne peut « être qualifiée d’atteinte à la vie privée de cette personne, dès lors qu’elle était décédée au moment de sa publication. Cet article ne constitue pas d’avantage une atteinte à la vie privée de l’épouse et de son fils puisqu’il ne fait pas état du comportement ou des habitudes de vie de ces derniers et ne mentionne que les fréquentations douteuses de ce dernier. ».

De même, il existe une grande tolérance des tribunaux lorsque les intérêts historique, littéraire ou encore d’actualité qu’il peut y avoir à rectifier la biographie officielle d’une personnalité décédée sont en jeu.

Le Tribunal de grande instance de Paris a ainsi, le 19 mai 2000, jugé qu’une action intentée contre un éditeur devait être rejetée, au motif que « s’agissant essentiellement d’événements historiques pour lesquels les tribunaux n’ont pas mission d’arbitrer et de trancher les polémiques ou controverses qu’ils sont susceptibles de provoquer, l’historien ayant, par principe, toute liberté pour exposer, selon ses vues personnelles, les faits les actes et les attitudes des hommes (…) même si les écrits ont pu être ressentis de manière déplaisante par les requérantes, en donnant de leur père une image complexe non conforme à celles qu’elles voudraient voir transmettre. »

En revanche, le respect de la vie privée des survivants peut parfois être violé à l’occasion d’une publication visant en premier chef un mort célèbre.

Par ailleurs, le 20 décembre 1999, la Cour de cassation s’est prononcée sur la publication de la photographie du cadavre du préfet Claude Erignac. Elle a considéré que : « la photographie publiée représentait distinctement le corps et le visage du préfet assassiné, gisant sur la chaussée d’une rue », cette image étant dès lors « attentatoire à la dignité humaine ».

Ce point de vue est à rapprocher de celui qu’a adopté la Cour de cassation, le 20 octobre suivant, à propos des clichés du corps de François Mitterrand sur son lit de mort.

C’est ainsi que, au fil des décisions rendues depuis une vingtaine d’années en la matière, apparait une limite à l’exception d’actualité, constituée par le caractère attentatoire à la dignité de la personne humaine représentée. C’est encore ainsi que, le 20 février 2001, la Cour de cassation a jugé licite la publication par un hebdomadaire de la photographie d’une victime d’un attentat, au motif que la liberté d’expression et les nécessités de l’information rendent légitime le compte-rendu de l’événement, dans la mesure où le cliché est dépourvu de toute recherche de sensationnel et de toute indécence, ne portant pas ainsi atteinte à la dignité de la personne représentée.

Reste le sort des images des morts que les enfants peuvent vouloir monnayer. Or, la Cour d’appel de Paris a, le 6 novembre 2013, admis qu’il était possible de céder son droit à l’image de son vivant mais que, celui-ci, s’éteignant lors du décès, les héritiers n’avaient donc pas le possibilité d’autoriser des tiers à en faire usage.

Au final, ne demeurent à disposition que les revendications portant sur le droit d’auteur. Les droits patrimoniaux de l’œuvre d’un défunt lui survivent en effet durant soixante-dix ans. Aux ayants-droits de traquer dans telle ou telle biographie l’utilisation d’un texte ou d’une création artistique qui dépasserait le cadre des exceptions, telles que la courte citation, prévues par la loi. Et donc aux éditeurs de ne pas prêter le flanc à une attaque s’appuyant sur le droit de la propriété intellectuelle.

2019-09-02T11:05:35+01:001 novembre 2019|Édito|

REVUE DE PRESSE : ‘’AFFAIRE YANN MOIX‘’

Emmanuel Pierrat, associé du cabinet Pierrat & Associés, défend les intérêts d’Alexandre Moix, et de ses parents contre Yann Moix, auteur du roman « Orléans », dans lequel il décrit les sévices que lui auraient fait subir ces derniers lorsqu’il était enfant, accusations que nient catégoriquement le père et le frère de Yann Moix.

 

L’EXPRESS – Jérôme Dupuis et Camille Vigogne Le Coat – 5 octobre 2019

 

Les ondes de choc de l’affaire Yann Moix

 

Le scandale autour de son dernier roman et de ses écrits antisémites a divisé les intellectuels, la communauté juive, les jurys littéraires et les médias, à commencer par Laurent Ruquier et Bernard-Henri Lévy. Plongée dans les coulisses d’un feuilleton à rebondissement.

Orly, dimanche 15 septembre, 18 h 30. Yann Moix embarque à bord d’un vol de la Royal Air Maroc, direction Tanger. Presque un exil, loin de ce Paris où son nom tourne en boucle dans les talk-shows depuis plusieurs semaines. Tanger, la ville où, avant lui, d’autres écrivains « maudits », de William Burroughs à Jean Genet, sont venus se réfugier. Pour seul bagage, l’auteur a emporté une petite valise et sa guitare, sa nouvelle passion. L’écrivain échange quelques mots avec les passagères assises devant lui, deux femmes dans la vingtaine qui ont reconnu l’homme de télé. Même quand il sourit, certains remarquent cet air accablé qui lui donne un air de clown triste. Il sort d’un mois d’enfer. Une polémique terrible, qui a ébranlé sa vie familiale, amicale, et professionnelle. Retour sur ce psychodrame très français.

Plateau de Sept à Huit, dimanche 18 août 2019, 18 heures. L’émission grand public de TF1 diffuse une confession de Yann Moix sur son enfance battue. Une magnifique rampe de lancement vers le Goncourt pour Orléans, son roman qui doit paraître trois jours plus tard. Aux éditions Grasset, on se frotte les mains. Alors, pendant treize longues minutes, face caméra, l’écrivain, visage tourmenté, raconte les « coups de rallonge électrique », les « poursuites avec un couteau de boucher », les « tabassages ». « Il ne le sait pas encore mais, en déclarant que tout est vrai, il vient lui-même de tendre le piège dans lequel il va tomber », observe l’un de ses amis.

Orléans, le samedi 24 août. La famille Moix riposte par la voix d’Alexandre, le frère de Yann. Le cadet publie dans Le Parisien une tribune intitulée « Mon frère, ce bourreau », dans laquelle il affirme que c’est lui, Alexandre, qui aurait en réalité été victime de sévices infligés par son frère Yann. Une semaine plus tôt, leur père, José Moix, avait déjà démenti dans La République du Centre les accusations contenues dans Orléans : « Notre fils Yann n’a jamais été battu. » Tout au plus reconnaît-il avoir été un père « sévère ». La tragédie familiale s’est invitée dans la rentrée littéraire.

Portugal, côte Atlantique, le lundi 26 août. Yann Moix est au bord de l’océan, où il termine ses vacances commencées avec son meilleur ami, le producteur de Tanguy, le retour, Jérôme Corcos. Ce jour-là, L’Express contacte le romancier pour le faire réagir à des écrits antisémites et négationnistes de jeunesse. Il s’agit d’un journal intitulé Ushoahia, publié à l’époque où l’étudiant de 21 ans était à Sup de Co Reims. « Oui, je suis l’auteur des dessins, mais pas des textes », affirme-t-il. Le lendemain, L’Express exhume un manuscrit prouvant qu’il avait bien également rédigé les textes sur les chambres à gaz et les diatribes ordurières contre Bernard-Henri Lévy ou Anne Sinclair. Le feuilleton familial se double désormais d’une polémique sur son antisémitisme.

Siège de l’UEJF, rue des Martyrs, Paris, mardi 27 août. Au sein du syndicat des étudiants juifs de France, on ne veut pas y croire. Comment Yann Moix, l’ami d’Israël et des juifs, celui qui n’hésite pas à porter une kippa en signe de solidarité sur un plateau télé, aurait-il pu commettre de tels écrits? L’avocat Patrick Klugman, un ancien président de l’UEJF qui a déjà défendu Moix par le passé, prépare la riposte, en cheville avec Sacha Ghozlan, son lointain successeur à la tête du syndicat. Une pétition de soutien à Moix est préparée et envoyée à une partie du fichier de l’UEJF, relayée par La Règle du jeu, la revue de Bernard-Henri Lévy, grand ami et protecteur du romancier. Mais les choses ne vont pas se passer comme prévu. En découvrant le mail, certains tombent de leur chaise. Les étudiants juifs qui prennent la défense d’un ex-antisémite ? Alerté, Olivier Nora, le patron de Grasset, débranche in extremis cette bombe à retardement, comme l’a relaté Le Monde. « Entre-temps, on a découvert que Yann était aussi l’auteur des textes négationnistes », souffle une amie de Sacha Ghozlan, qui lui a vivement conseillé de retirer la pétition. Elle ajoute : « En vingt-quatre heures, on est passé de l’embarras à l’enfer. »

Siège de France Télévisions, Paris XVe, mercredi 28 août. La direction de France Télévisions est furieuse. La polémique autour du livre et de la famille de Moix, passe encore. Mais les révélations sur le passé antisémite de l’ancien chroniqueur de Laurent Ruquier, c’en est trop. C’est que Moix doit assurer la promotion de son livre samedi soir sur France 2, assis confortablement dans le fauteuil d’On n’est pas couché qu’il connaît si bien. Takis Candilis, le numéro 2 du groupe, décroche son téléphone : « On garde Moix ou pas ? » interroge-t-il. A l’autre bout de la ligne, Catherine Barma, la productrice historique de l’émission, demande un temps de réflexion. Quelques heures plus tard, elle le rappelle : « J’en ai parlé avec Laurent, on le garde ! Mais on va faire venir des grands témoins et des gens capables de le bousculer », promet Barma, qui avance même le nom de Bernard-Henri Lévy. Avant de raccrocher, Takis Candilis la met en garde : « Vous vous débrouillez, mais je veux des contradicteurs ! »

A deux pas du Parc Monceau, dans les bureaux de Tout sur l’écran, mercredi 28 août. A trois jours du premier On n’est pas couché de la saison, Catherine Barma sait donc qu’elle joue gros. Il lui faut trouver deux intervieweurs costauds pour cuisiner Yann Moix. Premiers noms retenus : Frédéric Beigbeder et Adèle Van Reeth. Etrange casting : « Beig » est un ami de Moix, fait partie du club soudé des auteurs Grasset, et vient d’écrire pour le Figaro Magazine qu' »Orléans surplombe cette rentrée par sa puissance et son calme ». Le choix d’Adèle Van Reeth, animatrice sur France Culture, fait aussi tiquer dans le microcosme : compagne du philosophe Raphaël Enthoven, elle est de fait la « belle-fille » de Jean-Paul Enthoven, l’éditeur historique de Yann Moix chez Grasset… Difficile de faire plus endogamique. Fine mouche, Beigbeder invente une excuse bidon – « J’ai appris qu’on n’était pas payé pour ce boulot de chroniqueur… » – et se retire in extremis. Panique à deux jours du tournage. La production pense alors à la femme rabbin Delphine Horvilleur pour le remplacer. Impossible, l’enregistrement de l’émission a lieu le vendredi soir, à l’heure du shabbat, qui interdit toute activité professionnelle. Pour couronner le tout, Bernard-Henri Lévy décline l’invitation et refuse même qu’on lise le texte qu’il prépare sur l’affaire.

Neuilly-sur-Seine, grand studio de RTL, jeudi 29 août. Laurent Ruquier, qui s’apprête à présenter Les Grosses Têtes, est catastrophé. L’animateur a trente-six heures pour trouver un remplaçant à Beigbeder. Heureux hasard, Franz-Olivier Giesbert est l’un des intervenants ce jour-là. Pourquoi pas lui ? Contacté par Catherine Barma, FOG accepte dans l’après-midi. Et donne dans la foulée une interview surréaliste au Figaro : « Je ne vais pas pouvoir préparer des masses mais je fais confiance à mon talent d’improvisation (rires) », déclare-t-il. Puis, à propos de Yann Moix : « C’est atroce, ce qui lui arrive. Comme je l’aime bien, je suis content de participer à l’émission. Je vais l’assommer puis le remettre debout après. »

Paris, vendredi 30 août. Accordera son pardon ? Ne l’accordera pas ? Tout Paris s’interroge sur les intentions de l’oracle Bernard-Henri Lévy. Va-t-il lâcher son protégé, au risque d’admettre qu’il s’est trompé sur son compte ? C’est en effet BHL qui a « découvert » le jeune Moix et l’a publié dès 1994 dans sa revue La Règle du jeu, avant de l’introduire chez Grasset. Depuis quelques jours, son téléphone sonne régulièrement. Des proches tentent de le convaincre de ne pas laisser passer les « ignominies » de Moix. Son vieux complice de Globe, l’écrivain Georges-Marc Benamou, l’essayiste Alain Minc, la journaliste Nathalie Saint-Cricq ou encore son ami de toujours Jean-Paul Enthoven font valoir leurs arguments. Un collaborateur de La Règle du jeu, Laurent-David Samama, lui envoie une lettre allant dans le même sens. « Il faut en finir avec le syndrome Louis-Ferdinand Céline ! » dit l’un. « Moix passait dans les bureaux de Grasset le jour et fréquentait ses copains d’extrême droite le soir », dénonce un autre. « J’espère que vous n’allez quand même pas le défendre ! », implore un dernier. Alain Minc va plus loin : « Il faut parfois savoir lâcher la main, Bernard, on fait ça depuis quarante ans, on est les derniers des Mohicans ! » BHL écoute. A tous, il répond, énigmatique : « Personne ne sait ce que je pense. » Surtout, il attend de voir la prestation de son poulain chez Laurent Ruquier.

A deux pas de l’Elysée, vendredi 30 août. Quelques heures avant l’enregistrement au studio Gabriel, Yann Moix sait qu’il joue gros. A tous ses amis, depuis une semaine, le romancier pose la même question : « Tu crois que je suis mort ? » A 17 heures, Olivier Nora souffle encore à des journalistes : « Je ne sais même pas s’il va y aller ! » Il ira. Juste avant son arrivée sur le plateau, Thierry Ardisson, son copain de Salut les Terriens, se fend d’un appel : « Courage pour ce soir, Yann ! », lui glisse l’homme en noir. « Merci, Thierry. Aujourd’hui, je compte vraiment mes amis », lui répond l’écrivain, mort de trouille. Ses proches ont prévenu l’ex-chroniqueur teigneux : « Ne t’attends ni à de l’humanité, ni à de la compassion. Tu n’en as pas fait preuve avec les gens. » Un habitué des talk-shows lui prodigue même ce conseil :  » Arrive déjà crevé à blanc sur le plateau. Comme ça, ils n’auront plus rien à déchiqueter. » Yann Moix n’a pas beaucoup d’efforts à faire pour se composer une tête d’enterrement.

Plateau d’On n’est pas couché, samedi 31 août, 23 h 30. La tension est palpable. Egalement invité ce soir-là, le secrétaire d’Etat chargé de la Protection de l’enfance, Adrien Taquet, a expressément demandé à n’entrer en plateau qu’après l’interview du romancier, pour éviter la séquence qui sent le soufre. Quand Yann Moix s’avance vers le fameux fauteuil rouge, Laurent Ruquier précise d’emblée : « Yann Moix est un ami. » Le romancier, visage fermé, commence, solennel : « Je demande pardon à la communauté juive, à tous les humains que j’ai pu choquer, ainsi qu’à Bernard-Henri Lévy pour les bandes dessinées que j’ai pu commettre. » Face à lui, Franz-Olivier Giesbert et Adèle Van Reeth répètent plusieurs fois qu’ils sont « mal à l’aise » pour poser leurs questions. En quarante-cinq minutes, pas le moindre échantillon de la prose antisémite de Yann Moix lu à l’antenne, ni la moindre image des caricatures à l’écran. Surtout, Moix s’est livré à un gigantesque tour de passe-passe. A dix-neuf (!) reprises, il évoque ses « bandes dessinées » de jeunesse. Jamais la moindre allusion aux dizaines de pages de textes antisémites et négationnistes dont il est aussi l’auteur. C’est que Moix est prisonnier d’un premier mensonge : dix ans plus tôt, à Bernard-Henri Lévy et au patron de Grasset, Olivier Nora, puis plus tard à son éditeur, Jean-Paul Enthoven, qui avaient tous entendu de vagues rumeurs sur ses publications de jeunesse, il avait juré : « Je n’ai fait que les dessins. » Il ne pouvait pas se dédire vis-à-vis du triumvirat de Grasset. Sa repentance cathodique cache donc un gros mensonge par omission.

Thierry Ardisson résume pour L’Express le sentiment général : « C’était un procès sans procureur, on avait l’impression qu’il fallait à tout prix sauver le soldat Moix. » « Cette émission complaisante montre toutes les limites de l’infotainment dès qu’il s’agit d’aborder des questions graves », juge un « historique » de France Télévisions, où l’émission est mal passée, à quelques mois de l’éventuelle reconduction de la présidente, Delphine Ernotte. Dès le lendemain matin, certains parlent déjà d' »affaire Ruquier ».

Paris, dimanche 1er septembre. Bernard-Henri Lévy a pesé chaque mot. Ce dimanche matin, sur le site du Point, le philosophe accorde l’absolution tant attendue à son protégé « pour ses fameuses BD ». Commentaire d’un ami de Moix : « La demande de pardon de Yann chez Ruquier à minuit et l’acquittement de BHL le lendemain matin à 10 heures est une séquence de com bien préparée. » Une « séquence » qui passe mal : « Le pardon de BHL, c’est le baiser de la mort ! Comment mieux illustrer les connivences d’un petit milieu parisien ? », soupire un auteur Grasset. « Pourquoi Marine Le Pen ne pourrait-elle pas demain pardonner un vieux tract antisémite d’un candidat Rassemblement national si BHL a pardonné à Moix ? », déplore un ami perplexe. Bien sûr, Bernard-Henri Lévy peut encore compter sur quelques proches s’alignant sur sa position – Salomon Malka ou Denis Olivennes, auteur d’un tweet malheureux comparant Moix au grand résistant Daniel Cordier. Mais plusieurs intellectuels signent des tribunes sévères pour l’auteur d’Orléans : la psychanalyste Elisabeth Roudinesco, l’historienne Valérie IgounetPierre-André TaguieffMarc Weitzmann. « Aucune repentance ne peut se faire sous les sunlights », tranche pour sa part Delphine Horvilleur. BHL devait clore la « séquence Moix » par une interview avec Léa Salamé le lundi matin sur France Inter. S’est-il souvenu du conseil de son vieil ami Minc ? Au dernier moment, il annule. « Je ne souhaite pas revenir sur cette histoire », a-t-il fait savoir à L’Express.

Siège du Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France), Paris Ve, lundi 2 septembre. Les salariés font défiler, consternés, les vidéos de Yann Moix toujours disponibles sur leur site. Yann Moix animant la plénière de clôture en décembre 2016, Yann Moix aux Amis du Crif en février 2017… Samedi soir, lorsque le soleil s’est couché et que shabbat s’est achevé, tous ont regardé sa prestation chez Ruquier, échangeant des SMS, convaincus ou perplexes. Alors qu’en coulisses les téléphones chauffent, officiellement, rien ne bouge. Le malaise. Publiquement, personne ne s’exprime sur cet ancien antisémite devenu le grand ami des Juifs. « Je ne souhaitais être ni son procureur ni son avocat », assume le président du Crif, Francis Kalifat. Difficile, aussi, de condamner une personne que l’on a publiquement encensée pendant des années… « La communauté était mouillée ! Elle l’avait flatté, invité, à mille reprises ! Rejeter Moix, c’était se rejeter elle-même », regrette Richard Abitbol, à la tête de la CJFAI, une organisation communautaire opposée au Crif. René Lévy, le fils de Benny Lévy, grande figure intellectuelle proche de Sartre adulée par Yann Moix, rédige même une tribune qui exonère le romancier de tout « antisémitisme organique », mettant ses errements de jeunesse sur le compte d’une forme de « libertinage » intellectuel. Elle ne sera jamais publiée. Résultat : la communauté se mure dans un silence incompréhensible.

Chez Drouant, mardi 3 septembre, 12 heures. Dans leur petit salon ovale à l’étage, les dix jurés du prix Goncourt opèrent leur première sélection. « Le patron de Grasset, Olivier Nora, avait tout misé sur Orléans, il l’avait clairement dit à l’un d’entre nous en juin », confie l’un des jurés. Pendant l’été, comme toujours, les Goncourt se sont échangé des fiches de lecture. Pierre Assouline en a rédigé une sur Orléans, disant avoir trouvé la première partie, celle sur l’enfance battue, éblouissante, mais la seconde, sur l’adolescence provinciale, plus quelconque. D’autres trouvent que le roman est un peu « fabriqué ». Avant le vote, Assouline met en garde: « Jugeons le livre et uniquement le livre, oublions les polémiques ! » Voeu pieux. « Si on le met sur la liste, on va nous ressortir que les frères Goncourt ont aussi publié des écrits antisémites », murmure un juré. La polémique familiale n’est pas non plus la tasse de thé des convives, comme l’avouera plus tard Bernard Pivot. On passe au vote. Orléans n’est pas retenu. Exit les rêves de Goncourt pour Yann Moix et Grasset.

New York, jeudi 5 septembre. Le prestigieux New York Times consacre un article à cette polémique typiquement « frenchy » : « Un écrivain français accusé d’antisémitisme est snobé par un grand prix littéraire », annonce le quotidien américain. Le lendemain, le grand journal allemand Die Welt titre à propos de l’affaire : « Ce vieil antisémitisme français »…

Saint-Germain-des-Prés, vendredi 6 septembre. Yann Moix déjeune avec son ami Jérôme Corcos quand son téléphone sonne : Paris Première lui annonce la suppression de son émission, Chez Moix, à la rentrée d’octobre. Impossible d’animer un talk-show après une telle polémique, selon la direction des programmes.  » Cette émission représentait beaucoup pour lui, ça lui a mis un coup sur la tête », se souvient l’ami producteur. « Tu crois que je suis mort ? », répète-t-il une énième fois.

Café de Flore, mardi 10 septembre. Le jury du prix Décembre, qui se réunit dans le célèbre café de Saint-Germain-des-Prés, à Paris, est ennuyé. Au printemps dernier, ses membres ont coopté Yann Moix comme nouveau juré. Que faire ? Quelques jours plus tôt, Laure Adler, figure de Radio France, a demandé par mail aux autres jurés s’il ne convenait pas de l’exclure. « Non, cela le conforterait dans son rôle de persécuté », tranche la présidente, Amélie Nothomb. De toute façon, Moix n’est pas venu. Tout Paris ne parle que de lui, mais personne ne sait où il est. Depuis le scandale, on ne le voit pas non plus au prestigieux comité de lecture de Grasset, où il a été nommé deux ans auparavant. Le patron de la maison, Olivier Nora, confie, inquiet, à plusieurs amis : « J’ai peur qu’il se suicide… »

Paris, mi-septembre. Yann Moix a pris le chemin de la « techouva ». Un mot hébreu désignant le long processus de repentance dans le judaïsme, qui suppose d’obtenir le pardon terrestre des personnes offensées. Version 2019, cela revient pour l’écrivain à passer une longue série de coups de fil. D’abord à Francis Kalifat, le président du Crif : « Inconsciemment, j’attendais cet appel. Mais les premiers moments de sa vie sont impardonnables », confie ce dernier. Pardon refusé, donc. Moix appelle aussi Sacha Ghozlan, de l’UEJF, Gilles-William Goldnadel, l’avocat juif très à droite, et Pierre-André Taguieff, son ancien prof à Sciences Po, qui l’avait égratigné et avec lequel il parle de Céline et de Faurisson. Dominique Sopo, lui, n’a pas décroché quand le nom de Yann Moix est apparu sur son téléphone. Sur son répondeur, le patron de SOS Racisme a gardé le message vocal de ce copain régulièrement invité aux dîners de l’association. « Il voulait qu’on discute. Mais c’est trop tôt. A partir du moment où Yann reconnaît avoir fait une saloperie il y a trente ans, pour moi il n’y a pas d’affaire », affirme celui qui partage de nombreux combats avec BHL. Seule la Licra réagit publiquement via un tweet ferme de son président, Mario Stasi. « On voudrait entretenir l’idée d’une nomenklatura qui se protège qu’on ne s’y prendrait pas autrement », regrette un cadre de la Licra, amer…

Argentan (Orne), vendredi 13 septembre. Michel Onfray bout intérieurement. Depuis qu’il a publié un texte pour défendre Moix, le philosophe reçoit des dizaines de messages d’internautes furieux. Ils lui reprochent de s’être aligné sur BHL, l’ennemi honni ! L’auteur d’Orléans aura en effet réussi cet exploit : mettre BHL et Onfray d’accord, eux qui se méprisent cordialement depuis des lustres ! Alors, ce 13 septembre, assis à son bureau, face à la caméra de sa webtélé, Michel Onfray tente de se justifier. Non, il n’est pas un « germanopratin ». Non, il n’a jamais déjeuné ou dîné avec Moix. Oui, déplore-t-il, Moix a été contraint de « baiser l’anneau, non pas mafieux, mais épiscopal, de BHL ». Ouf, les abonnés sont rassurés.

Plateau d’On n’est pas couché, samedi 14 septembre, 1h25 du matin. Laurent Ruquier est obligé de lire à l’antenne un droit de réponse d’Alexandre Moix, qui réfute les déclarations de son frère Yann. Il aura fallu quinze jours de tractations serrées à Me Emmanuel Pierrat, l’avocat d’Alexandre Moix, pour l’obtenir. « On a discuté chaque virgule jusqu’au vendredi 17 heures ! » raconte-t-il. En échange, France Télévisions obtient la garantie de n’être pas poursuivie en justice par Alexandre Moix. Dernier détail à régler : Laurent Ruquier veut lire le droit de réponse en fin d’émission, Me Pierrat préférerait au début, on transige donc pour… le milieu ! Un autre cas est toujours entre les mains des juristes de France Télés : le sulfureux écrivain Marc-Edouard Nabe, également mis en cause par Yann Moix sur le plateau de Laurent Ruquier, a lui aussi réclamé un droit de réponse. En vain, pour l’instant. Même si Takis Candilis est récemment passé saluer l’animateur et sa productrice lors d’un enregistrement d’On n’est pas couché pour clore l’affaire, l’épisode Moix a laissé quelques traces. Ruquier a eu beau se défendre dans plusieurs interviews de toute connivence avec son ancien chroniqueur, il ne convainc pas vraiment. L’affaire a aussi fait des vagues du côté de Touche pas à mon poste. L’émission de Cyril Hanouna a diffusé une interview de la grand-mère de Yann Moix, 92 ans, réalisée par Eric Naulleau. Elle y défend le romancier, tout en taclant son frère Alexandre. Selon nos informations, ce dernier a demandé un droit de réponse à l’émission par la voix de Me Emmanuel Pierrat.

 

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Sud Radio / Lundi 2 septembre 2019 – Extraits de l’émission « 10h00 – midi »

 

Emmanuel Pierrat : « Yann Moix doit admettre avoir menti »

 

Après le passage de Yann Moix dans l’émission On n’est pas couchés, au cours de laquelle il a présenté ses excuses pour ses écrits négationnistes et racistes rédigés à l’âge de 22 ans, Emmanuel Pierrat, avocat des parents et du frère de Yann Moix, s’est exprimé sur Sud Radio.

 

Emmanuel Pierrat estime que Yann Moix doit aussi présenter ses excuses pour avoir menti à plusieurs organes de presse pendant la dernière semaine d’août 2019. Emmanuel Pierrat était l’invité de Valérie Expert, Rémy Pernelet et Gilles Ganzmann sur Sud Radio le 2 septembre 2019 dans « Le 10h – midi« .

 

« Un dispositif très complaisant »

« Je tiens tout d’abord à rappeler que Yann Moix est producteur de sa propre émission Chez Moix, diffusée sur Paris Première. Ce n’est pas uniquement un ami, c’est un aussi un salarié de la même entreprise. Et ce n’est pas rappelé une seule seconde par cette émission hautement déontologique. On est donc dans un dispositif très complaisant. Je trouve que c’est grave de l’interroger sur un air souriant en disant ‘Parlons littérature’, de ricaner avec un ancien négationniste sans avoir regardé, comme journalistes, ce dont on doit parler« , a estimé Emmanuel Pierrat.

 

« Yann Moix doit admettre avoir menti aux médias »

« On devrait l’interroger sur son rapport à la vérité. Il a menti toute la semaine dans L’Express, à deux reprises. Il n’a pas plaidé coupable sur les faits. Après, on a droit à la rédemption, je le pense. Mais on n’a pas le droit de dire sur un plateau de télévision qu’on n’a pas menti dans la même semaine à quatre ou cinq reprises« , a également déclaré Emmanuel Pierrat.

 

« On est très loin de la bande dessinée »

« Vous avez lu ces textes, on est très loin de la bande dessinée. On est sur des écrits négationnistes et racistes contre les Africains. Ces écrits viennent d’un donneur de leçons morales qui ne s’est pas privé ces dernières années de fustiger les antisémites, Nadine Morano, de donner des leçons de morale très péremptoires sur tout et n’importe quoi« , a conclu Emmanuel Pierrat.

 

Cliquez ici pour retrouver l’intégralité de l’interview média en podcast.

 

 

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Huffpost – Culture – 30 août 2019

Les parents de Yann Moix veulent « faire rectifier » son livre

 

L’avocat de la famille a confié que les parents et le frère de l’écrivain avaient l’intention de faire insérer un communiqué dans « Orléans ».

CULTURE – La famille Moix se déchire toujours un peu plus. Jeudi 29 août, c’est l’avocat de la famille, Emmanuel Pierrat, qui a ajouté sa pierre à l’édifice sur l’antenne d’Europe 1. Dans “Orléans”, paru le 21 août aux éditions Grasset, Yann Moix revient sur des sévices que ses parents lui auraient infligés durant sa jeunesse.

Des accusations mensongères selon la famille, qui veut forcer l’écrivain à insérer un communiqué, comme un droit de réponse, dans l’ouvrage de l’ancien chroniqueur d’“On n’est pas couché”.

Le souhait des parents, c’est de voir leur vérité rétablie, leur voix entendue. Il y a une voie simple, qui consiste à insérer un communiqué dans le livre. Nous sommes contre la censure, ses parents ont trop de respect pour la littérature. (…) Je ne vais pas faire interdire le roman, en revanche on va faire rectifier”, a précisé l’avocat.

Le père et le frère nient catégoriquement ces accusations

Selon Emmanuel Pierrat, rien de tout cela ne serait arrivé si Yann Moix n’avait pas décidé d’en faire une affaire personnelle. “Il s’en serait tenu au genre roman, nous n’en serions pas là. Mais à partir du moment où il est allé dans ‘Sept à Huit’ dire que ce n’était plus un roman mais un livre à charge, en donnant des adresses et des noms de famille, on est passés dans un autre registre”, a-t-il dit sur Europe 1.

Dans une interview à La République du Centre le 17 août, José Moix, âgé de 75 ans, assurait que son fils “n’a jamais été battu”, même s’il reconnaît avoir été “strict” et concède avoir corrigé son aîné lorsque celui-ci le “méritait”.

Alexandre Moix, le petit frère de Yann, avait lui publié samedi 24 août dans Le Parisien une lettre dénonçant ce qu’il estime être un “mensonge outrancier”. Il attribue la violence décrite dans “Orléans” à Yann Moix lui-même. “J’ai subi 20 ans durant des sévices et des humiliations d’une rare violence de sa part. Ceux-là mêmes qu’il décrit dans son roman, en les prêtant à nos parents”, écrit-t-il, qualifiant son frère de “tortionnaire” et de “destructeur”.

2019-10-28T18:10:30+01:0028 octobre 2019|Actualités|

COMMUNIQUÉ N°2 AFFAIRE SALAH GUEMRICHE

Monsieur Salah Guemriche, défendu par le Cabinet PIERRAT & ASSOCIÉS représentés par Me Emmanuel Pierrat et Me Sophie Viaris de Lesegno, est l’auteur du Dictionnaire des mots français d’origine arabe paru aux Éditions du Seuil en 2007.

Par un jugement rendu vendredi 11 octobre par la 3ème Chambre civile du Tribunal de grande instance de Paris, les Éditions Guy Trédaniel (société Éditions de la Maisnie) ont été condamnées pour parasitisme pour le pillage de l’ouvrage de Monsieur Salah Guemriche.

 

REVUE DE PRESSE

 

Actualitedudroit.fr – Wolker Kluwer France / AFP – 14 octobre 2019

Un éditeur d’Alain Rey condamné en justice

 

Paris, 14 oct 2019 (AFP) – L’éditeur d’un livre signé par le lexicographe Alain Rey a été condamné pour « actes fautifs de parasitisme » à l’encontre de l’auteur algérien Salah Guemriche, a-t-on appris lundi de source judiciaire.

L’affaire remonte à 2014. L’écrivain algérien, auteur en 2007 d’un « Dictionnaire des mots français d’origine arabe » (Seuil) accusait le lexicographe de l’avoir plagié avec son « Voyage des mots: de l’Orient arabe et persan vers la langue française » publié chez Trédaniel en 2013.

Le TGI de Paris n’a reconnu ni le plagiat, ni l’atteinte au droit moral d’auteur du plaignant. En revanche, le tribunal a indiqué que l’éditeur Trédaniel « a commis des actes fautifs de parasitisme ». Selon Salah Guemriche, l’éditeur d’Alain Rey a « indûment profité de son ouvrage », s’épargnant « la rémunération de longues recherches documentaires » et gagnant ainsi un temps précieux.

Le tribunal a condamné l’éditeur d’Alain Rey à verser 10.000 euros à l’auteur algérien « en réparation des actes de parasitisme ». Il a en revanche rejeté la demande d’interdiction de réédition du livre signé Alain Rey.

L’écrivain algérien réclamait une somme de 50.000 euros en expliquant que le livre signé Alain Rey avait « éclipsé le sien, du fait de la notoriété de son auteur et de la qualité de ses travaux qui ont été pillés ».

La parution en 2013 de l’ouvrage d’Alain Rey « a définitivement supprimé toute perspective d’une nouvelle réédition » de son dictionnaire, déplorait l’écrivain se déclarant « particulièrement meurtri ».

Pour la maison d’édition d’Alain Rey les deux ouvrages étaient destinés « à des publics distincts ». « Compte tenu du délai de 5 ans entre les parutions respectives des livres, l’ouvrage de Salah Guemriche avait épuisé son attractivité », s’est défendu l’éditeur.

La langue arabe arrive en troisième position parmi les langues à laquelle le français a le plus emprunté, tout juste après la langue anglaise et langue italienne.

Un autre ouvrage, « Nos ancêtres les Arabes, ce que notre langue leur doit » signé par le professeur de lexicologie et d’histoire de la langue française Jean Pruvost, est paru en 2017 chez JC Lattès.

L’auteur qui recensait 400 mots français issus de l’arabe (il en existe beaucoup d’autres) prenait soin dans son livre de rendre hommage aux travaux de Salah Guemriche et d’Alain Rey.

 

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France 3 Pays de la Loire – Olivier Quentin – 15 octobre 2019

Maine et Loire : la maison d’édition d’Alain Rey condamnée pour avoir copié un auteur angevin

 

Un auteur installé à Angers a vu son œuvre largement « parasitée » par l’écrivain Alain Rey. Le travail de Salah Guemriche « Dictionnaire des mots français d’origine arabe » s’est retrouvé copié dans une œuvre postérieure du spécialiste de la langue française. Illégal a dit le TGI de Paris !

En terme juridique on ne parle pas vraiment de plagiat mais de parasitage.

Et là, on est dans un gros parasitage ! 130 mots présents dans le « Dictionnaire des mots français d’origine arabe » de Salah Guemriche se retrouvent dans le « Voyage des mots : de l’Orient arabe et persan vers la langue française » d’Alain Rey.

Salah Gemriche, auteur algérien installé à Angers avait publié aux éditions du Seuil en 2007 ses recherches sur les mots arabes tombés dans le langage courant de la langue française, comme magasin, pyjama, ou sirop.

Quatre ans de travail

En tout, 400 mots dont on apprenait ainsi l’origine arabe, persane ou turque. Le dictionnaire est le résultat de quatre ans de travail.

2013, soit six ans plus tard, les éditions Trédaniel sortent un ouvrage similaire mais sous la plume du célèbre linguiste et lexicographe français Alain Rey.

Il n’a pas fallu longtemps à Salah Guemriche pour se rendre compte que son propre travail avait été pompé.

« actes fautifs de parasitisme »

Certes, Alain Rey cite Salah Guemriche mais le Tribunal de Grande Instance de Paris a estimé qu’il y avait quand même des « actes fautifs de parasitisme », autrement dit que la reproduction même sourcée du travail de Salah Guemriche avait porté préjudice à l’auteur.

En conséquence, il a condamné la maison d’édition Trédaniel à verser 10 000 € à Salah Guemriche.

« Le tribunal n’a pas reconnu l’atteinte au droit moral explique-t-on au cabinet parisien Pierrat et Associés qui défendait Salah Guemriche du fait que son nom était cité dans l’ouvrage d’Alain Rey mais cette décision a fait reconnaître son travail d’auteur. »

Le « Dictionnaire des mots français d’origine arabe » a été réédité en format poche en 2015.

 

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Le courrier de l’Ouest – Jean-Yves Lignel et Yves Boiteau – 14 octobre 2019

Maine-et-Loire L’écrivain angevin qui a fait condamner la maison d’édition d’Alain Rey

Photo CO / Laurent Combet

Il se plaignait d’avoir été copié par Alain Rey. Les juges viennent de donner raison à l’Angevin Salah Guemriche.

Coup de théâtre dans les lettres françaises. Le très célèbre Alain Rey, écrivain, linguiste, lexicographe, rédacteur en chef des éditions Le Robert a été reconnu d’atteinte à la propriété intellectuelle, vendredi 11 octobre au Tribunal de grande instance de Paris. Sa maison d’édition a été condamnée.

C’est un écrivain qui habite à Angers, Salah Guemriche, qui a osé traîner devant les juges cette icône des lettres françaises et qui vient tout juste de gagner son procès.

Alain Rey et Salah Guemriche sont l’un et l’autre auteurs de deux ouvrages de mots français d’origine arabe.

L’un s’intitule : « Dictionnaire des mots français d’origine arabe et turque et persane » de Salah Guemriche. Il s’agit d’un dictionnaire de 878 pages, accompagné d’extraits d’auteurs français. Il a été publié en 2007 aux éditions du Seuil.

L’autre s’appelle « Le voyage des mots de l’Orient arabe et persan vers la langue française » d’Alain Rey, publié en 2014 par l’éditeur Guy Trédaniel. Les mots y sont choisis et regroupés par thème. C’est un livre luxueux qui tient à la fois du dictionnaire et du livre d’art car il est illustré de calligraphies.

« C’est très difficile à vivre »

« C’est ma femme qui a découvert, par hasard à la FNAC à Angers, le livre de M. Rey, se souvient M. Guemriche. Dès en l’ouvrant, j’ai eu l’impression de me relire ! Selon moi, Alain Rey aurait dû me citer 178 fois ! J’ai mis une semaine à confronter les deux textes. Je suis passé par tous les états : la rage, la colère, les éclats de rire parfois, tant les emprunts étaient énormes… C’est très difficile à vivre. J’avais passé quatre ans de ma vie à écrire mon dictionnaire. Le plagiat pour un écrivain, c’est à la fois un vol et un viol ».

L’affaire a été plaidée le 16 septembre dernier, devant la 3e chambre du TGI de Paris, qui est spécialisée dans la propriété intellectuelle, en un débat complexe car les dictionnaires s’inspirent nécessairement les uns des autres.

Au final, le tribunal ne parle pas tout à fait de plagiat, comme pourrait l’être une copie servile. C’est plus subtil que ça, d’autant qu’Alain Rey a pris le soin de mentionner à plusieurs reprises l’ouvrage de M. Guemriche, notamment dans la bibliographie et dans les remerciements.

En revanche, les juges retiennent un « acte parasitaire », ce qui revient à « profiter à moindres frais du travail d’autrui » notamment en recherche documentaire. C’est ainsi que, pour 130 mots du livre d’Alain Rey, les juges notent « une similitude dans les textes explicatifs » qui ouvrent droit à dédommagement.

« Le tribunal a reconnu la qualité d’auteur de Monsieur Guemriche ainsi que le pillage réalisé par la partie adverse, commentait lundi Me Léopold Kruger, du cabinet de Me Emmanuel Pierrat à Paris, et qui représentait l’écrivain angevin. Nous nous réjouissons de cette décision qui permet de réaffirmer les qualités incontestables de l’ouvrage de Monsieur Guemriche et qui sanctionne ainsi le plagiat qui en a été fait sous la qualification du parasitisme. »

En face, l’éditeur Guy Trédaniel n’y a vu qu’une faute vénielle, ajoutant que « c’est tout de même aberrant de contester le travail d’Alain Rey qui a passé plus de 50 ans de sa vie à étudier l’histoire de la langue française ». Il a annoncé son intention de faire appel.

2019-10-25T14:23:40+01:0025 octobre 2019|Actualités|

LE CABINET PIERRAT & ASSOCIES OBTIENT LA CONDAMNATION DU MEURTRIER D’UNE PROSTITUÉ TRANSGENRE A 18 ANS DE RECLUSION

Le 10 octobre, la Cour d’assises de Nantes a condamné Laurent M. à 18 ans de réclusion criminelle pour le meurtre avec préméditation d’une jeune prostituée transgenre dont il était le client depuis un an.

 

La famille de la victime était représentée par Maître Sirma Guner, associée du cabinet Pierrat & Associés.

 

 

REVUE DE PRESSE

 

ACTU.FR / PAYS DE LOIRE – 10 octobre 2019

 

 

Région de Guérande : un « vieux garçon » a tué et brûlé la prostituée dont il était

« très amoureux »

18 ans de réclusion criminelle ont été prononcés jeudi par la cour d’assises de la Loire-Atlantique à l’encontre d’un jardinier de 53 ans qui vivait près de Guérande.

Après quatre jours de procès, la cour d’assises de Nantes a condamné Laurent Mahé à 18 ans de réclusion criminelle, jeudi 10 octobre. Jardinier à la Ville de La Baule, il a tué Eliana Carguaitongo le 21 octobre 2016 à Saint-Molf, près de Guérande, avant de brûler son corps.

Ce « vieux garçon », de 49 ans à l’époque, entretenait des relations tarifées et régulières avec cette jeune prostituée transsexuelle de 33 ans. S’estimant « roulé » et ne supportant pas la fin de cette « histoire », il est entré dans une rage vengeresse, étranglant sa victime.

Les jurés ont retenu la préméditation mais n’ont pas validé pour autant les 30 ans de réclusion requis par l’avocat général.

Laurent Mahé, 53 ans, domicilié à Saint-Molf, près de Guérande, était jugé depuis lundi 7 octobre 2019 pour avoir « assassiné » trois ans plus tôt une prostituée dont il était « très amoureux ».

Nantes, les jurés de la cour d’assises de Loire-Atlantique ont ainsi sérieusement revu à la baisse la peine « étourdissante » requise par l’avocate générale : jeudi, en fin de matinée, elle avait demandé 30 ans de réclusion criminelle.

« Cette peine, au terme de réquisitions peu détaillées et argumentées, ne veut rien dire », avait fustigé l’un des deux avocats de l’accusé, Me Mathieu Créach, qui contestait le caractère « prémédité » du meurtre.

Frappée avec un manche de pioche puis étranglée

Le 20 octobre 2016, Eliana Carguaitongo, originaire d’Équateur, avait été frappée à l’aide d’un manche de pioche puis étranglée dans le lit de l’accusé, alors qu’elle était venue récupérer les derniers 500 € que Laurent Mahé lui devait avant de « couper les ponts » avec lui. Son corps avait ensuite été brûlé pendant deux jours, dans un champ, route de Boulay.

Née de sexe masculin, la victime avait en fait commencé à se prostituer en Amérique latine « pour payer les hormones » nécessaires à sa transformation en femme, a-t-il été dit au cours des quatre jours d’audience. Elle avait ensuite rejoint la France, son « rêve de toujours », tout en continuant à se prostituer « pour vivre ».

 

Jardinier à La Baule

Jardinier à La Baule, où il gagnait 1 300 € par mois, il payait précisément 1 000 € les 24 heures passées avec la prostituée équatorienne.

« Ces tarifs étaient arrêtés de façon établie, et vos relations étaient systématiquement tarifées », lui a toutefois objecté la présidente de la cour d’assises de la Loire-Atlantique :

Vous pensez, monsieur, que l’amour ça s’achète ?

« En juin, elle m’avait demandé de l’accompagner à un mariage en Espagne… Ça me surprenait un peu, mais bon », lui a-t-il répondu, pour laisser à penser qu’un doute était permis sur les sentiments de la victime. Un séjour en Équateur, où il l’avait accompagnée au cours de l’été, s’était toutefois « mal passé », de son propre aveu.

 

« Je ne voyais pas la porte de sortie »

Le soir de la fameuse « explication », l’accusé était donc venu chercher la jeune femme de 33 ans à la gare de La Baule, et lui avait proposé de dîner au restaurant. Mais il avait essuyé un refus, car elle était « fatiguée ».

« Je lui ai dit que j’étais toujours très amoureux d’elle, mais elle ne m’a pas répondu… Ça m’a fait mal », a-t-il confessé devant les jurés.

Cette « frustration » avait ensuite été aggravée par le fait que la victime avait « passé la soirée sur son téléphone », avant d’aller se coucher. Elle aurait néanmoins eu « une ou deux » relations sexuelles avec l’accusé, aux dires de ce dernier.

Laurent Mahé n’aurait pour autant pas cessé de « ruminer » au cours de la nuit, au point d’aller chercher le manche de pioche dans l’appentis qui jouxte sa maison de la rue de l’Océan, c’est-à-dire la route qui relie Assérac à La Turballe.

« Tout cet argent que j’avais dilapidé, il fallait que ça s’arrête… Je ne voyais pas de porte de sortie », a-t-il encore dit au procès.

 

« Je regrette vraiment mon geste »

« Je me suis fait avoir, c’est une salope », avait-il lâché plus crûment devant le psychiatre, au cours de l’enquête. Il s’est excusé jeudi devant la cour :

Ce ne sont pas mes mots habituels, je n’arrive pas à me l’expliquer moi-même.

« Je regrette d’avoir fait du mal à toute ma famille, mais aussi à celle d’Eliana », a-t-il ajouté, juste avant les plaidoiries des parties civiles. Je regrette vraiment mon geste, de lui avoir ôté la vie. »

L’avocate des parents et de la sœur d’Eliana Carguaitongo a rappelé que sa famille s’était « rapprochée de la mairie de Saint-Molf pour pouvoir déposer une plaque commémorative », là où son corps avait été brûlé.

« Mais ce n’est pas possible, car c’est un champ privé, a expliqué Me Sirma Guner, du barreau de Paris. Ils voudraient au moins une statuette dans un cimetière, car ils n’ont pas de lieu pour se recueillir… Avec ce crime impardonnable et pas humain, M. Mahé n’a pas seulement « ôté la vie » d’Eliana, il a aussi anéanti plusieurs familles ».

 

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OUEST FRANCE – 10 octobre 2019

 

Il aimait une prostituée et n’a pas supporté la fin de leurs relations. La cour d’assises de Nantes a retenu la préméditation et condamné cet homme de 53 ans à dix-huit ans de réclusion.

Après quatre jours de procès, la cour d’assises de Nantes a condamné Laurent Mahé à 18 ans de réclusion criminelle, jeudi 10 octobre. Jardinier à la Ville de La Baule, il a tué Eliana Carguaitongo le 21 octobre 2016 à Saint-Molf, près de Guérande, avant de brûler son corps.

Ce « vieux garçon », de 49 ans à l’époque, entrenait des relations tarifées et régulières avec cette jeune prostituée transsexuelle de 33 ans. S’estimant « roulé » et ne supportant pas la fin de cette « histoire », il est entré dans une rage vengeresse, étranglant sa victime.

 

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2019-10-22T19:01:09+01:0022 octobre 2019|Actualités|

LA CENSURE SUR LE BANC DES ACCUSES

Par Emmanuel Pierrat

 

Les publications sur la censure abondent cette année, au fur et à mesure que la société française débat de la liberté d’expression et de ses limites, mais surtout parce que des chercheurs ont enfin accès à de nombreuses archives et informations jusqu’ici inédites.

J’ai déjà recensé dans le cadre de ce blog, dans deux chroniques au printemps dernier, la sortie du livre d’Anne Urbain-Archer intitulé L’Encadrement des publications érotiques en France (1920-1970) et de celui Jean-Baptiste Amadieu sur Le Censeur critique littéraire (Hermann). Ces deux volumes sont consacrés à la l’édition de livres.

Mais deux récents essais s’intéressent cette fois au cinéma, dont le régime d’interdiction est tout aussi riche d’enseignements pour l’ensemble des professionnels de la culture, comme pour tous les citoyens responsables.

C’est ainsi qu’Arnaud Esquerre vient de livrer Interdire de voir sous-titréSexe, violence et liberté d’expression au cinéma (Fayard)

Le sociologue qu’est Arnaud Esquerre, chargé de recherche au CNRS et directeur de l’Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux (IRIS – EHESS, CNRS, Inserm, Paris 13) a assisté aux débats en huis clos des membres de la Commission de classification des films.

Car le cinéma bénéficie d’un régime administratif particulier. Il existe une obligation de mention de l’âge (douze, seize et dix-huit ans) à partir duquel les spectateurs sont admis. Le Code du Cinéma et de l’Image Animée, qui, en 2009, a remplacé le Code de l’industrie cinématographique régit ce système de « visas de censure », délivrés par le ministre de la Culture après avis d’une commission spéciale. Il y a peu, c’était le bien-nommé « ministre de l’Information », autrement dit le ministre de l’Intérieur, qui tranchait…

À la suite de la condamnation du film Baise-moi de Virginie Despentes, le régime de classification a été modifié par un décret du 12 juillet 2001. Il existe donc désormais une catégorie de films interdits aux moins de 18 ans, en sus de la catégorie des films dits « X » créée en 1975 dont les producteurs ne bénéficient pas d’aides et doivent s’acquitter de taxe. En 2008, le Conseil d’État a confirmé la décision d’interdire le film Quand l’embryon part braconner, à tous les mineurs, sans pour autant l’inscrire sur cette catégorie spéciale. Il avait été relevé que la commission de classification avait indiqué dans son avis que ce film « enchaîne les scènes de grande violence, de torture et de sadisme et présente une image des relations entre les êtres et entre les sexes fondée sur l’enfermement, l’humiliation et la domination de la femme ».

En réponse à la multiplication d’actions judiciaires intentées par des associations bien-pensantes, a été initiée, en 2015, une réflexion sur les règles encadrant la diffusion des œuvres filmées, réflexion à l’initiative de la ministre de la Culture et de la Communication. L’objectif affiché était de faire en sorte que « la liberté de création soit consacrée dans la loi contre tous ceux qui veulent imposer contre la tentation de leurs convictions, de leur idée de la morale ou de la politique. » et de lutter « contre la tentation d’un retour à l’ordre moral » tout en tentant de préserver « un principe légitime de protection des enfants ».

La question reposait alors sur le critère de classification portant sur les « scènes de sexe non simulées » et qui avait pour effet de ranger immédiatement un film contenant lesdites scènes dans la liste de ceux pornographiques. L’affaire de La vie d’Adèleen a été l’exemple parfait : les juges se sont montrés incapables de discerner si les scènes de sexe étaient simulées ou non. Ce critère était par conséquent soumis à l’appréciation du ministre. Le film Antichrist,qui s’ouvre sur des ébats filmés au ralenti et qui présente notamment une scène d’excision en gros plan ainsi qu’un certain nombre d’autres scènes à la fois sexuelles et violentes, s’est vu délivrer à trois reprises un visa d’exploitation comportant une simple interdiction au mineur de 16 ans par le ministre, mais cette décision a été censurée par trois fois par les juridictions administratives.

Le critère des scènes de sexe non-simulées, trop imprécis et subjectif, a été abandonné. Désormais un film peut « comporter des scènes de sexe ou de grande violence qui sont de nature, en particulier par leur accumulation, à troubler gravement la sensibilité des mineurs, à présenter la violence sous un jour favorable ou à la banaliser » si « le parti pris esthétique ou le procédé narratif sur lequel repose l’œuvre ou le document » le justifie. Ainsi ces films ne sont plus classés automatiquement dans la catégorie « pornographique » et ne suivent plus le régime applicable à ceux-là, mais sont seulement interdits au moins de 18 ans.

Cette réforme n’empêche néanmoins pas le ministère de la Culture et de la communication de ne pas avoir le même avis que les juridictions, en général peu progressistes : certains films, comme le deuxième volet de 50 nuances de Greyauquel le ministère avait attribué un visa d’exploitation tous public, a été interdit aux mineurs de 12 ans.

Néanmoins les juges ne sont pas tous plus prudes que le ministère : le Conseil d’État, saisi du visa d’exploitation du film Bang Gang (une histoire d’amour moderne) mettant notamment en scène des adolescents nus découvrant leur sexualité à plusieurs, n’a ainsi pas jugé qu’il était nécessaire d’augmenter le seuil de 12 ans imposé par le visa d’exploitation, au motif que, si « dans le film des lycéens s’adonnent sous l’emprise de l’alcool et de la drogue, à des pratiques de sexualité collective, les scènes en cause sont simulées, filmées sans aucun réalisme, de manière lointaine et suggérée et qu’elles s’insèrent de surcroit de manière cohérente dans la trame narrative de l’œuvre .

Enfin, les simulations de scènes sexuelles ne sont pas nécessairement les seules qu’on tente de cacher à la vue des plus jeunes. Le film d’animation Sausage Partys’est vu reprocher, toujours par des associations, de « diffuser un message à caractère violent et visant à corrompre les mineurs, en raison de la présence de scène de viol et de l’incitation à des relations sexuelles prohibées par le Code pénal ». Le tribunal de Paris, rejetant les prétentions des requérantes, a cru bon de devoir préciser que bien qu’« une séquence, furtive, mime des relations sexuelles entre une boîte de gruau et une boîte de crackers, elle ne paraît pas, en l’état de l’instruction, figurer un viol à caractère raciste ».

Arnaud Esquerre « analyse comment les commissaires interprètent et rendent un avis sur les films.

En parallèle de ce travail, vient de paraitre lecinquième opus de la collection « Darkness, censure et cinéma », dirigée par Christohe Triollet chez Lettmotif, et tourné cette fois vers Homosexualité, censure & cinéma ?

Y est examiné « sans doute l’un des sujets les plus controversés au cinéma, l’un des tout derniers tabous à subsister à l’écran : l’homosexualité. Montrée, évoquée ou simplement suggérée, l’homosexualité à l’écran ne laisse jamais indifférent parce qu’elle exacerbe nos contradictions et ce que nous croyons être. En contournant les postulats, en revendiquant le droit à la différence, elle renvoie à l’idée de liberté totale. Elle fragilise nos certitudes et les préceptes de nos sociétés hétérosexuelles. Alors comment, dans ces conditions, parler d’homosexualité au cinéma sans risquer de provoquer ses pourfendeurs ou d’offenser ses défenseurs ? »

Quinze auteurs ont tenté d’apporter des réponses à ces interrogations.

La lecture de ceux deux parutions ne peut que contribuer à nourrir un réflexion qu’un État de droit digne de ce nom ne peut plus occulter.

2019-09-02T11:02:31+01:001 octobre 2019|Édito|