Ce que la République doit aux francs-maçons

d’Emmanuel Pierrat et Laurent Kupferman (2021)

 

Dans cet ouvrage, après Ce que la France doit aux francs-maçons (2012) des mêmes auteurs, Emmanuel Pierrat avocat au Barreau de Paris ainsi que Laurent Kupferman, historien de la franc-maçonnerie, tous les deux frères au GODF,  nous offrent une rétrospective des grands thèmes de la construction républicaine, pierre par pierre, à travers les évènements et les figures maçonniques.

 

Ainsi, les deux auteurs montrent entre autres la place des francs-maçons pendant la Révolution française, la création des symboles de la République, leurs rôles dans les lois sur l’instruction gratuite et laïque, l’élaboration d’un service militaire national, la création de la Société Des Nations, la liberté d’ association et d’expression, la laïcité et bien d’autres sujets sociétaux ou historiques, d’une manière transversale.

 

Si la Révolution française a concrétisé les idéaux du siècle des Lumières, la franc-maçonnerie, en tant que société philosophique, a accompagné plutôt que suscité cette révolution, parfois d’une manière contradictoire. Nul complot donc. En revanche, des révolutionnaires francs-maçons de premier plan comme Mirabeau, Camille Desmoulins, La Fayette, l’écrivain Choderlos de Laclos, le peintre David ou le chansonnier Rouget de Lisle ont marqué l’Histoire.

 

La devise républicaine Liberté Egalité Fraternité apparaît en 1790 et 1793 pour réapparaître à la révolution de 1848 où le gouvernement provisoire de la IIe République, composé essentiellement de Frères, et la franc-maçonnerie l’adoptent d’une manière concomitante, avant que la IIIe République la choisisse définitivement en 1880 jusqu’à nos jours. Là comme ailleurs, il faudra trois républiques pour y arriver.

 

Après avoir fait l’historique de l’alphabétisation des Français, avec une accélération sous Napoléon III de l’emprise du clergé, suivie de la parenthèse tragique et d’avant-garde de la Commune, les auteurs nous racontent comment les ministres francs-maçons feront voter des lois successives sur la formation des instituteurs pour une instruction laïque, gratuite et obligatoire, accompagnées de construction d’écoles et de programmes fortement idéologiques.

 

De la Révolution à nos jours, la France passera de la conscription inégalitaire à un service militaire national à partir de la IIIe République sous une forte inspiration maçonne, où les riches et les bourgeois y participeront comme les autres, asseyant ainsi le socle républicain, avant sa suppression en 1996 et définitive en 2001 par le président Chirac, pour une armée de métier.

 

A travers ces quelques exemples, on s’aperçoit a contrario le peu d’influence qu’exerce aujourd’hui la franc-maçonnerie dans la société contemporaine, sans doute trop attachée à un goût du secret, un apparat désuet, cultivant son décalage sociétal, plus passéiste que moderniste.

 

Armel Louis

 

Emmanuel Pierrat  présentera le samedi 1er mai à 15h

ses récits autobiographiques :

 

Je crois en l’athéisme, récit intellectuel et spirituel,

Fou ballant trompe la mort, récit sur son père « para, homme de main, barbouze »

en Algérie et en Françafrique.

 

à la librairie La Lucarne des Ecrivains au 115 rue de l’Ourcq 75019

( M° Crimée ligne 7 Tram 3B et RER E Rosa Parks  tél 06 88 23 52 45)

 

Ce que la République doit aux francs-maçons (First, 300 p. 19,95 euros)

Sommaire : la Révolution française ; l’abolition de la peine de mort ; les symboles de la République ; les droits humains; la Société Des Nations ; l’instruction gratuite, laïque et obligatoire ; le mutualisme ; la liberté d’association ; le divorce et l’union libre ; les banques populaires ; le service militaire ; la crémation ; l’impôt sur le revenu ; le décret Crémieux ; le syndicalisme ; l’étatisation des chemins de fer ; le droit à l’avortement ; la laïcité ; l’abolition de l’esclavage ; la question coloniale ; l’assistance publique ; le droit de vie et de mort sur son corps ; la liberté d’expression.

Les francs-maçons sous l’Occupation : Entre résistance et collaboration

(Albin Michel, 368 p. 22 euros)

Parmi les femmes et les hommes persécutés par la police de Vichy et la Gestapo, les francs-maçons figurent en bonne place : 64 000 furent fichés ; 3000 fonctionnaires perdirent leur emploi et plus d’un millier furent assassinés par les Allemands. Nombre de francs-maçons furent résistants et beaucoup le payèrent de leur vie. Quelques-uns s’engagèrent aux côtés du maréchal Pétain, d’autres adoptèrent une attitude plus ambiguë.

De Jean Zay à Pierre Brossolette en passant par Bernard Faÿ ou Pierre Laval sans oublier Otto Abetz, onze portraits passionnants, qui sont autant de destinées particulières, étayent les propos d’Emmanuel Pierrat et jettent sur cette sombre période un éclairage inhabituel.

Je crois en l’athéisme (Cerf, 200 p. 20 euros)

Ne pas croire n’est pas croire en rien. Dans une grande confession sur ses racines, y compris religieuses, l’avocat des lettres dit sa dette à l’égard de la foi perdue de son enfance, et professe son espérance. 

Comment a-t-il été cet enfant empli de foi qui a grandi au rythme des messes dominicales et des cours de catéchisme, et qui a servi l’autel auprès du curé qui lui a tant appris ? Pourquoi est-il devenu cet adulte se découvrant athée et recherchant la fraternité auprès de la maçonnerie, la sagesse dans diverses traditions anciennes ou lointaines, la paix dans une approche libre et ouverte de soi et des autres ?

Fou ballant trompe la mort  (Flammarion, 238p. 20 euros)

Fou ballant trompe la mort est le surnom d’un homme sans avenir qui quitta son village des Vosges pour s’engager en Algérie. On lui avait promis, comme à tant d’autres de son âge, le soleil, la mer et le ciel bleu. Il découvrira la souffrance et la cruauté hyperbolique d’une sale guerre. Il découvrira un continent qu’il ne quittera plus. Fou ballant trompe la mort fut de toutes les guerres d’Afrique, il fut para, homme de main, barbouze. Il eut de troubles fréquentations, commit sans doute de graves exactions mais sut trouver, au sud du continent, le chemin de la rédemption. Cet homme qui donna et trompa la mort tant de fois décida de quitter ce monde plutôt que d’y vieillir. 

Cet homme était le père d’Emmanuel Pierrat. Au-delà de la biographie d’un aventurier, au-delà de la peinture d’une époque et d’une histoire de l’Afrique moderne, Emmanuel Pierrat raconte les méandres d’une relation père-fils et retrace avec justesse la façon dont on se construit aussi grâce à des anti-modèles.