Monsieur Salah Guemriche, défendu par le Cabinet PIERRAT & ASSOCIÉS représentés par Me Emmanuel Pierrat et Me Sophie Viaris de Lesegno, est l’auteur du Dictionnaire des mots français d’origine arabe paru aux Éditions du Seuil en 2007.

Par un jugement rendu vendredi 11 octobre par la 3ème Chambre civile du Tribunal de grande instance de Paris, les Éditions Guy Trédaniel (société Éditions de la Maisnie) ont été condamnées pour parasitisme pour le pillage de l’ouvrage de Monsieur Salah Guemriche.

 

REVUE DE PRESSE

 

Actualitedudroit.fr – Wolker Kluwer France / AFP – 14 octobre 2019

Un éditeur d’Alain Rey condamné en justice

 

Paris, 14 oct 2019 (AFP) – L’éditeur d’un livre signé par le lexicographe Alain Rey a été condamné pour “actes fautifs de parasitisme” à l’encontre de l’auteur algérien Salah Guemriche, a-t-on appris lundi de source judiciaire.

L’affaire remonte à 2014. L’écrivain algérien, auteur en 2007 d’un “Dictionnaire des mots français d’origine arabe” (Seuil) accusait le lexicographe de l’avoir plagié avec son “Voyage des mots: de l’Orient arabe et persan vers la langue française” publié chez Trédaniel en 2013.

Le TGI de Paris n’a reconnu ni le plagiat, ni l’atteinte au droit moral d’auteur du plaignant. En revanche, le tribunal a indiqué que l’éditeur Trédaniel “a commis des actes fautifs de parasitisme”. Selon Salah Guemriche, l’éditeur d’Alain Rey a “indûment profité de son ouvrage”, s’épargnant “la rémunération de longues recherches documentaires” et gagnant ainsi un temps précieux.

Le tribunal a condamné l’éditeur d’Alain Rey à verser 10.000 euros à l’auteur algérien “en réparation des actes de parasitisme”. Il a en revanche rejeté la demande d’interdiction de réédition du livre signé Alain Rey.

L’écrivain algérien réclamait une somme de 50.000 euros en expliquant que le livre signé Alain Rey avait “éclipsé le sien, du fait de la notoriété de son auteur et de la qualité de ses travaux qui ont été pillés”.

La parution en 2013 de l’ouvrage d’Alain Rey “a définitivement supprimé toute perspective d’une nouvelle réédition” de son dictionnaire, déplorait l’écrivain se déclarant “particulièrement meurtri”.

Pour la maison d’édition d’Alain Rey les deux ouvrages étaient destinés “à des publics distincts”. “Compte tenu du délai de 5 ans entre les parutions respectives des livres, l’ouvrage de Salah Guemriche avait épuisé son attractivité”, s’est défendu l’éditeur.

La langue arabe arrive en troisième position parmi les langues à laquelle le français a le plus emprunté, tout juste après la langue anglaise et langue italienne.

Un autre ouvrage, “Nos ancêtres les Arabes, ce que notre langue leur doit” signé par le professeur de lexicologie et d’histoire de la langue française Jean Pruvost, est paru en 2017 chez JC Lattès.

L’auteur qui recensait 400 mots français issus de l’arabe (il en existe beaucoup d’autres) prenait soin dans son livre de rendre hommage aux travaux de Salah Guemriche et d’Alain Rey.

 

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France 3 Pays de la Loire – Olivier Quentin – 15 octobre 2019

Maine et Loire : la maison d’édition d’Alain Rey condamnée pour avoir copié un auteur angevin

 

Un auteur installé à Angers a vu son œuvre largement “parasitée” par l’écrivain Alain Rey. Le travail de Salah Guemriche “Dictionnaire des mots français d’origine arabe” s’est retrouvé copié dans une œuvre postérieure du spécialiste de la langue française. Illégal a dit le TGI de Paris !

En terme juridique on ne parle pas vraiment de plagiat mais de parasitage.

Et là, on est dans un gros parasitage ! 130 mots présents dans le “Dictionnaire des mots français d’origine arabe” de Salah Guemriche se retrouvent dans le “Voyage des mots : de l’Orient arabe et persan vers la langue française” d’Alain Rey.

Salah Gemriche, auteur algérien installé à Angers avait publié aux éditions du Seuil en 2007 ses recherches sur les mots arabes tombés dans le langage courant de la langue française, comme magasin, pyjama, ou sirop.

Quatre ans de travail

En tout, 400 mots dont on apprenait ainsi l’origine arabe, persane ou turque. Le dictionnaire est le résultat de quatre ans de travail.

2013, soit six ans plus tard, les éditions Trédaniel sortent un ouvrage similaire mais sous la plume du célèbre linguiste et lexicographe français Alain Rey.

Il n’a pas fallu longtemps à Salah Guemriche pour se rendre compte que son propre travail avait été pompé.

“actes fautifs de parasitisme”

Certes, Alain Rey cite Salah Guemriche mais le Tribunal de Grande Instance de Paris a estimé qu’il y avait quand même des “actes fautifs de parasitisme”, autrement dit que la reproduction même sourcée du travail de Salah Guemriche avait porté préjudice à l’auteur.

En conséquence, il a condamné la maison d’édition Trédaniel à verser 10 000 € à Salah Guemriche.

“Le tribunal n’a pas reconnu l’atteinte au droit moral explique-t-on au cabinet parisien Pierrat et Associés qui défendait Salah Guemriche du fait que son nom était cité dans l’ouvrage d’Alain Rey mais cette décision a fait reconnaître son travail d’auteur.”

Le “Dictionnaire des mots français d’origine arabe” a été réédité en format poche en 2015.

 

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Le courrier de l’Ouest – Jean-Yves Lignel et Yves Boiteau – 14 octobre 2019

Maine-et-Loire L’écrivain angevin qui a fait condamner la maison d’édition d’Alain Rey

Photo CO / Laurent Combet

Il se plaignait d’avoir été copié par Alain Rey. Les juges viennent de donner raison à l’Angevin Salah Guemriche.

Coup de théâtre dans les lettres françaises. Le très célèbre Alain Rey, écrivain, linguiste, lexicographe, rédacteur en chef des éditions Le Robert a été reconnu d’atteinte à la propriété intellectuelle, vendredi 11 octobre au Tribunal de grande instance de Paris. Sa maison d’édition a été condamnée.

C’est un écrivain qui habite à Angers, Salah Guemriche, qui a osé traîner devant les juges cette icône des lettres françaises et qui vient tout juste de gagner son procès.

Alain Rey et Salah Guemriche sont l’un et l’autre auteurs de deux ouvrages de mots français d’origine arabe.

L’un s’intitule : « Dictionnaire des mots français d’origine arabe et turque et persane » de Salah Guemriche. Il s’agit d’un dictionnaire de 878 pages, accompagné d’extraits d’auteurs français. Il a été publié en 2007 aux éditions du Seuil.

L’autre s’appelle « Le voyage des mots de l’Orient arabe et persan vers la langue française » d’Alain Rey, publié en 2014 par l’éditeur Guy Trédaniel. Les mots y sont choisis et regroupés par thème. C’est un livre luxueux qui tient à la fois du dictionnaire et du livre d’art car il est illustré de calligraphies.

« C’est très difficile à vivre »

« C’est ma femme qui a découvert, par hasard à la FNAC à Angers, le livre de M. Rey, se souvient M. Guemriche. Dès en l’ouvrant, j’ai eu l’impression de me relire ! Selon moi, Alain Rey aurait dû me citer 178 fois ! J’ai mis une semaine à confronter les deux textes. Je suis passé par tous les états : la rage, la colère, les éclats de rire parfois, tant les emprunts étaient énormes… C’est très difficile à vivre. J’avais passé quatre ans de ma vie à écrire mon dictionnaire. Le plagiat pour un écrivain, c’est à la fois un vol et un viol ».

L’affaire a été plaidée le 16 septembre dernier, devant la 3e chambre du TGI de Paris, qui est spécialisée dans la propriété intellectuelle, en un débat complexe car les dictionnaires s’inspirent nécessairement les uns des autres.

Au final, le tribunal ne parle pas tout à fait de plagiat, comme pourrait l’être une copie servile. C’est plus subtil que ça, d’autant qu’Alain Rey a pris le soin de mentionner à plusieurs reprises l’ouvrage de M. Guemriche, notamment dans la bibliographie et dans les remerciements.

En revanche, les juges retiennent un « acte parasitaire », ce qui revient à « profiter à moindres frais du travail d’autrui » notamment en recherche documentaire. C’est ainsi que, pour 130 mots du livre d’Alain Rey, les juges notent « une similitude dans les textes explicatifs » qui ouvrent droit à dédommagement.

« Le tribunal a reconnu la qualité d’auteur de Monsieur Guemriche ainsi que le pillage réalisé par la partie adverse, commentait lundi Me Léopold Kruger, du cabinet de Me Emmanuel Pierrat à Paris, et qui représentait l’écrivain angevin. Nous nous réjouissons de cette décision qui permet de réaffirmer les qualités incontestables de l’ouvrage de Monsieur Guemriche et qui sanctionne ainsi le plagiat qui en a été fait sous la qualification du parasitisme. »

En face, l’éditeur Guy Trédaniel n’y a vu qu’une faute vénielle, ajoutant que « c’est tout de même aberrant de contester le travail d’Alain Rey qui a passé plus de 50 ans de sa vie à étudier l’histoire de la langue française ». Il a annoncé son intention de faire appel.