La Cour pénale internationale (CPI), qui siège à La Haye, va juger un djihadiste malien ayant œuvré à la destruction des bibliothèques de Tombouctou. C’est la première fois que la justice internationale se penche ainsi sur le sort des bibliothèques.

Pascal Pia avait relevé, en préface à son célèbre volume bibliographique sur Les Livres de l’Enfer « qu’il y ait un enfer des imprimés, cela donne presque à rêver, même à qui ne lit jamais. Le feu est l’un des éléments de la mythologie du livre. Le calife Omar passe pour avoir fait incendier ce qui restait de la Bibliothèque d’Alexandrie après les ravages qu’y avaient provoqué deux cent cinquante ans plus tôt les brandons allumés par les légionnaires romains. Durant des siècles, les écrits condamnés par un tribunal ecclésiastique ou par une cour de justice ont été brûlés, et parfois brûlés avec leur auteur ou avec un mannequin le représentant, si le coupable était en fuite ».

Evoquons à ce titre, plus près de nous, la destruction, en août 1992, de la Bibliothèque nationale et universitaire de Sarajevo. L’ancien hôtel de ville, édifié à l’époque austro-hongroise et devenu bibliothèque en 1945, possédait environ un million de volumes, dont 150 000 livres rares et manuscrits, ainsi que des collections très vastes de périodiques bosniaques, d’environ 33 000 titres. Le tout, pris pour cible par les extrémistes serbes assiégeant la ville, avait brûlé pendant trois jours. Quelques employés de la bibliothèque et des volontaires étaient parvenus à sauver un certain nombre de livres précieux, malgré les tirs des snipers, qui ont abattu une bibliothécaire. Au final, seuls 10 % des collections avaient échappé à cette destruction, laquelle avait aussi éradiqué les catalogues imprimés et les fiches.

Durant l’été 2015, l’Unesco a saisi la CPI, à la suite des destructions des mausolées de Tombouctou par les djihadistes qui occupaient le nord du Mali en 2012 et 2013. La directrice générale de l’institution, Irina Bokova, est venue visiter les mausolées à peine reconstruits et en a conclu : « Détruire un patrimoine culturel est considéré comme un crime de guerre, selon la convention de La Haye ».

Quatorze des seize mausolées de saints musulmans classés au patrimoine mondial de l’Unesco ont été détruits et 4 200 manuscrits anciens de l’Institut Ahmed-Baba ont été brûlés. Mais ce sont 350 000 autres manuscrits, qui avaient pu être heureusement évacués par la population vers Bamako.

Le Touareg Ahmad Al Faqi Al Mahdi,  l’un des chefs d’Ansar Dine, un groupe islamiste malien radical associé à Al-Qaïda au Maghreb islamique, a été écroué par la CPI.

C’est la « Convention sur la protection des biens culturels en cas de conflit armé », datant de 1954, qui assimile leur destruction à un « crime de guerre ».

Il faut aussi rappeler que les sites classés au patrimoine mondial de l’Unesco sont protégés par la Convention de 1972, ratifiée par 191 pays. Et le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté plusieurs résolutions pour condamner fermement les destructions de Tombouctou. Il a également inclus la préservation des sites culturels maliens dans le mandat des troupes de la Minusma, en collaboration avec l’Unesco.

L’avocat du djihadiste traduit en justice a d’ores et déjà tenté de soutenir que celui-ci est « un intellectuel instruit soucieux du bien collectif ». Son but aurait été non « pas d’attaquer des tombeaux mais de mettre en œuvre des moyens qui visent à libérer les tombeaux d’éléments qui ont été construits sur ceux-ci »…