Emmanuel Pierrat, associé du cabinet Pierrat & Associés, défend les intérêts d’Alexandre Moix, et de ses parents contre Yann Moix, auteur du roman « Orléans », dans lequel il décrit les sévices que lui auraient fait subir ces derniers lorsqu’il était enfant, accusations que nient catégoriquement le père et le frère de Yann Moix.

 

L’EXPRESS – Jérôme Dupuis et Camille Vigogne Le Coat – 5 octobre 2019

 

Les ondes de choc de l’affaire Yann Moix

 

Le scandale autour de son dernier roman et de ses écrits antisémites a divisé les intellectuels, la communauté juive, les jurys littéraires et les médias, à commencer par Laurent Ruquier et Bernard-Henri Lévy. Plongée dans les coulisses d’un feuilleton à rebondissement.

Orly, dimanche 15 septembre, 18 h 30. Yann Moix embarque à bord d’un vol de la Royal Air Maroc, direction Tanger. Presque un exil, loin de ce Paris où son nom tourne en boucle dans les talk-shows depuis plusieurs semaines. Tanger, la ville où, avant lui, d’autres écrivains « maudits », de William Burroughs à Jean Genet, sont venus se réfugier. Pour seul bagage, l’auteur a emporté une petite valise et sa guitare, sa nouvelle passion. L’écrivain échange quelques mots avec les passagères assises devant lui, deux femmes dans la vingtaine qui ont reconnu l’homme de télé. Même quand il sourit, certains remarquent cet air accablé qui lui donne un air de clown triste. Il sort d’un mois d’enfer. Une polémique terrible, qui a ébranlé sa vie familiale, amicale, et professionnelle. Retour sur ce psychodrame très français.

Plateau de Sept à Huit, dimanche 18 août 2019, 18 heures. L’émission grand public de TF1 diffuse une confession de Yann Moix sur son enfance battue. Une magnifique rampe de lancement vers le Goncourt pour Orléans, son roman qui doit paraître trois jours plus tard. Aux éditions Grasset, on se frotte les mains. Alors, pendant treize longues minutes, face caméra, l’écrivain, visage tourmenté, raconte les « coups de rallonge électrique », les « poursuites avec un couteau de boucher », les « tabassages ». « Il ne le sait pas encore mais, en déclarant que tout est vrai, il vient lui-même de tendre le piège dans lequel il va tomber », observe l’un de ses amis.

Orléans, le samedi 24 août. La famille Moix riposte par la voix d’Alexandre, le frère de Yann. Le cadet publie dans Le Parisien une tribune intitulée « Mon frère, ce bourreau », dans laquelle il affirme que c’est lui, Alexandre, qui aurait en réalité été victime de sévices infligés par son frère Yann. Une semaine plus tôt, leur père, José Moix, avait déjà démenti dans La République du Centre les accusations contenues dans Orléans : « Notre fils Yann n’a jamais été battu. » Tout au plus reconnaît-il avoir été un père « sévère ». La tragédie familiale s’est invitée dans la rentrée littéraire.

Portugal, côte Atlantique, le lundi 26 août. Yann Moix est au bord de l’océan, où il termine ses vacances commencées avec son meilleur ami, le producteur de Tanguy, le retour, Jérôme Corcos. Ce jour-là, L’Express contacte le romancier pour le faire réagir à des écrits antisémites et négationnistes de jeunesse. Il s’agit d’un journal intitulé Ushoahia, publié à l’époque où l’étudiant de 21 ans était à Sup de Co Reims. « Oui, je suis l’auteur des dessins, mais pas des textes », affirme-t-il. Le lendemain, L’Express exhume un manuscrit prouvant qu’il avait bien également rédigé les textes sur les chambres à gaz et les diatribes ordurières contre Bernard-Henri Lévy ou Anne Sinclair. Le feuilleton familial se double désormais d’une polémique sur son antisémitisme.

Siège de l’UEJF, rue des Martyrs, Paris, mardi 27 août. Au sein du syndicat des étudiants juifs de France, on ne veut pas y croire. Comment Yann Moix, l’ami d’Israël et des juifs, celui qui n’hésite pas à porter une kippa en signe de solidarité sur un plateau télé, aurait-il pu commettre de tels écrits? L’avocat Patrick Klugman, un ancien président de l’UEJF qui a déjà défendu Moix par le passé, prépare la riposte, en cheville avec Sacha Ghozlan, son lointain successeur à la tête du syndicat. Une pétition de soutien à Moix est préparée et envoyée à une partie du fichier de l’UEJF, relayée par La Règle du jeu, la revue de Bernard-Henri Lévy, grand ami et protecteur du romancier. Mais les choses ne vont pas se passer comme prévu. En découvrant le mail, certains tombent de leur chaise. Les étudiants juifs qui prennent la défense d’un ex-antisémite ? Alerté, Olivier Nora, le patron de Grasset, débranche in extremis cette bombe à retardement, comme l’a relaté Le Monde. « Entre-temps, on a découvert que Yann était aussi l’auteur des textes négationnistes », souffle une amie de Sacha Ghozlan, qui lui a vivement conseillé de retirer la pétition. Elle ajoute : « En vingt-quatre heures, on est passé de l’embarras à l’enfer. »

Siège de France Télévisions, Paris XVe, mercredi 28 août. La direction de France Télévisions est furieuse. La polémique autour du livre et de la famille de Moix, passe encore. Mais les révélations sur le passé antisémite de l’ancien chroniqueur de Laurent Ruquier, c’en est trop. C’est que Moix doit assurer la promotion de son livre samedi soir sur France 2, assis confortablement dans le fauteuil d’On n’est pas couché qu’il connaît si bien. Takis Candilis, le numéro 2 du groupe, décroche son téléphone : « On garde Moix ou pas ? » interroge-t-il. A l’autre bout de la ligne, Catherine Barma, la productrice historique de l’émission, demande un temps de réflexion. Quelques heures plus tard, elle le rappelle : « J’en ai parlé avec Laurent, on le garde ! Mais on va faire venir des grands témoins et des gens capables de le bousculer », promet Barma, qui avance même le nom de Bernard-Henri Lévy. Avant de raccrocher, Takis Candilis la met en garde : « Vous vous débrouillez, mais je veux des contradicteurs ! »

A deux pas du Parc Monceau, dans les bureaux de Tout sur l’écran, mercredi 28 août. A trois jours du premier On n’est pas couché de la saison, Catherine Barma sait donc qu’elle joue gros. Il lui faut trouver deux intervieweurs costauds pour cuisiner Yann Moix. Premiers noms retenus : Frédéric Beigbeder et Adèle Van Reeth. Etrange casting : « Beig » est un ami de Moix, fait partie du club soudé des auteurs Grasset, et vient d’écrire pour le Figaro Magazine qu' »Orléans surplombe cette rentrée par sa puissance et son calme ». Le choix d’Adèle Van Reeth, animatrice sur France Culture, fait aussi tiquer dans le microcosme : compagne du philosophe Raphaël Enthoven, elle est de fait la « belle-fille » de Jean-Paul Enthoven, l’éditeur historique de Yann Moix chez Grasset… Difficile de faire plus endogamique. Fine mouche, Beigbeder invente une excuse bidon – « J’ai appris qu’on n’était pas payé pour ce boulot de chroniqueur… » – et se retire in extremis. Panique à deux jours du tournage. La production pense alors à la femme rabbin Delphine Horvilleur pour le remplacer. Impossible, l’enregistrement de l’émission a lieu le vendredi soir, à l’heure du shabbat, qui interdit toute activité professionnelle. Pour couronner le tout, Bernard-Henri Lévy décline l’invitation et refuse même qu’on lise le texte qu’il prépare sur l’affaire.

Neuilly-sur-Seine, grand studio de RTL, jeudi 29 août. Laurent Ruquier, qui s’apprête à présenter Les Grosses Têtes, est catastrophé. L’animateur a trente-six heures pour trouver un remplaçant à Beigbeder. Heureux hasard, Franz-Olivier Giesbert est l’un des intervenants ce jour-là. Pourquoi pas lui ? Contacté par Catherine Barma, FOG accepte dans l’après-midi. Et donne dans la foulée une interview surréaliste au Figaro : « Je ne vais pas pouvoir préparer des masses mais je fais confiance à mon talent d’improvisation (rires) », déclare-t-il. Puis, à propos de Yann Moix : « C’est atroce, ce qui lui arrive. Comme je l’aime bien, je suis content de participer à l’émission. Je vais l’assommer puis le remettre debout après. »

Paris, vendredi 30 août. Accordera son pardon ? Ne l’accordera pas ? Tout Paris s’interroge sur les intentions de l’oracle Bernard-Henri Lévy. Va-t-il lâcher son protégé, au risque d’admettre qu’il s’est trompé sur son compte ? C’est en effet BHL qui a « découvert » le jeune Moix et l’a publié dès 1994 dans sa revue La Règle du jeu, avant de l’introduire chez Grasset. Depuis quelques jours, son téléphone sonne régulièrement. Des proches tentent de le convaincre de ne pas laisser passer les « ignominies » de Moix. Son vieux complice de Globe, l’écrivain Georges-Marc Benamou, l’essayiste Alain Minc, la journaliste Nathalie Saint-Cricq ou encore son ami de toujours Jean-Paul Enthoven font valoir leurs arguments. Un collaborateur de La Règle du jeu, Laurent-David Samama, lui envoie une lettre allant dans le même sens. « Il faut en finir avec le syndrome Louis-Ferdinand Céline ! » dit l’un. « Moix passait dans les bureaux de Grasset le jour et fréquentait ses copains d’extrême droite le soir », dénonce un autre. « J’espère que vous n’allez quand même pas le défendre ! », implore un dernier. Alain Minc va plus loin : « Il faut parfois savoir lâcher la main, Bernard, on fait ça depuis quarante ans, on est les derniers des Mohicans ! » BHL écoute. A tous, il répond, énigmatique : « Personne ne sait ce que je pense. » Surtout, il attend de voir la prestation de son poulain chez Laurent Ruquier.

A deux pas de l’Elysée, vendredi 30 août. Quelques heures avant l’enregistrement au studio Gabriel, Yann Moix sait qu’il joue gros. A tous ses amis, depuis une semaine, le romancier pose la même question : « Tu crois que je suis mort ? » A 17 heures, Olivier Nora souffle encore à des journalistes : « Je ne sais même pas s’il va y aller ! » Il ira. Juste avant son arrivée sur le plateau, Thierry Ardisson, son copain de Salut les Terriens, se fend d’un appel : « Courage pour ce soir, Yann ! », lui glisse l’homme en noir. « Merci, Thierry. Aujourd’hui, je compte vraiment mes amis », lui répond l’écrivain, mort de trouille. Ses proches ont prévenu l’ex-chroniqueur teigneux : « Ne t’attends ni à de l’humanité, ni à de la compassion. Tu n’en as pas fait preuve avec les gens. » Un habitué des talk-shows lui prodigue même ce conseil :  » Arrive déjà crevé à blanc sur le plateau. Comme ça, ils n’auront plus rien à déchiqueter. » Yann Moix n’a pas beaucoup d’efforts à faire pour se composer une tête d’enterrement.

Plateau d’On n’est pas couché, samedi 31 août, 23 h 30. La tension est palpable. Egalement invité ce soir-là, le secrétaire d’Etat chargé de la Protection de l’enfance, Adrien Taquet, a expressément demandé à n’entrer en plateau qu’après l’interview du romancier, pour éviter la séquence qui sent le soufre. Quand Yann Moix s’avance vers le fameux fauteuil rouge, Laurent Ruquier précise d’emblée : « Yann Moix est un ami. » Le romancier, visage fermé, commence, solennel : « Je demande pardon à la communauté juive, à tous les humains que j’ai pu choquer, ainsi qu’à Bernard-Henri Lévy pour les bandes dessinées que j’ai pu commettre. » Face à lui, Franz-Olivier Giesbert et Adèle Van Reeth répètent plusieurs fois qu’ils sont « mal à l’aise » pour poser leurs questions. En quarante-cinq minutes, pas le moindre échantillon de la prose antisémite de Yann Moix lu à l’antenne, ni la moindre image des caricatures à l’écran. Surtout, Moix s’est livré à un gigantesque tour de passe-passe. A dix-neuf (!) reprises, il évoque ses « bandes dessinées » de jeunesse. Jamais la moindre allusion aux dizaines de pages de textes antisémites et négationnistes dont il est aussi l’auteur. C’est que Moix est prisonnier d’un premier mensonge : dix ans plus tôt, à Bernard-Henri Lévy et au patron de Grasset, Olivier Nora, puis plus tard à son éditeur, Jean-Paul Enthoven, qui avaient tous entendu de vagues rumeurs sur ses publications de jeunesse, il avait juré : « Je n’ai fait que les dessins. » Il ne pouvait pas se dédire vis-à-vis du triumvirat de Grasset. Sa repentance cathodique cache donc un gros mensonge par omission.

Thierry Ardisson résume pour L’Express le sentiment général : « C’était un procès sans procureur, on avait l’impression qu’il fallait à tout prix sauver le soldat Moix. » « Cette émission complaisante montre toutes les limites de l’infotainment dès qu’il s’agit d’aborder des questions graves », juge un « historique » de France Télévisions, où l’émission est mal passée, à quelques mois de l’éventuelle reconduction de la présidente, Delphine Ernotte. Dès le lendemain matin, certains parlent déjà d' »affaire Ruquier ».

Paris, dimanche 1er septembre. Bernard-Henri Lévy a pesé chaque mot. Ce dimanche matin, sur le site du Point, le philosophe accorde l’absolution tant attendue à son protégé « pour ses fameuses BD ». Commentaire d’un ami de Moix : « La demande de pardon de Yann chez Ruquier à minuit et l’acquittement de BHL le lendemain matin à 10 heures est une séquence de com bien préparée. » Une « séquence » qui passe mal : « Le pardon de BHL, c’est le baiser de la mort ! Comment mieux illustrer les connivences d’un petit milieu parisien ? », soupire un auteur Grasset. « Pourquoi Marine Le Pen ne pourrait-elle pas demain pardonner un vieux tract antisémite d’un candidat Rassemblement national si BHL a pardonné à Moix ? », déplore un ami perplexe. Bien sûr, Bernard-Henri Lévy peut encore compter sur quelques proches s’alignant sur sa position – Salomon Malka ou Denis Olivennes, auteur d’un tweet malheureux comparant Moix au grand résistant Daniel Cordier. Mais plusieurs intellectuels signent des tribunes sévères pour l’auteur d’Orléans : la psychanalyste Elisabeth Roudinesco, l’historienne Valérie IgounetPierre-André TaguieffMarc Weitzmann. « Aucune repentance ne peut se faire sous les sunlights », tranche pour sa part Delphine Horvilleur. BHL devait clore la « séquence Moix » par une interview avec Léa Salamé le lundi matin sur France Inter. S’est-il souvenu du conseil de son vieil ami Minc ? Au dernier moment, il annule. « Je ne souhaite pas revenir sur cette histoire », a-t-il fait savoir à L’Express.

Siège du Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France), Paris Ve, lundi 2 septembre. Les salariés font défiler, consternés, les vidéos de Yann Moix toujours disponibles sur leur site. Yann Moix animant la plénière de clôture en décembre 2016, Yann Moix aux Amis du Crif en février 2017… Samedi soir, lorsque le soleil s’est couché et que shabbat s’est achevé, tous ont regardé sa prestation chez Ruquier, échangeant des SMS, convaincus ou perplexes. Alors qu’en coulisses les téléphones chauffent, officiellement, rien ne bouge. Le malaise. Publiquement, personne ne s’exprime sur cet ancien antisémite devenu le grand ami des Juifs. « Je ne souhaitais être ni son procureur ni son avocat », assume le président du Crif, Francis Kalifat. Difficile, aussi, de condamner une personne que l’on a publiquement encensée pendant des années… « La communauté était mouillée ! Elle l’avait flatté, invité, à mille reprises ! Rejeter Moix, c’était se rejeter elle-même », regrette Richard Abitbol, à la tête de la CJFAI, une organisation communautaire opposée au Crif. René Lévy, le fils de Benny Lévy, grande figure intellectuelle proche de Sartre adulée par Yann Moix, rédige même une tribune qui exonère le romancier de tout « antisémitisme organique », mettant ses errements de jeunesse sur le compte d’une forme de « libertinage » intellectuel. Elle ne sera jamais publiée. Résultat : la communauté se mure dans un silence incompréhensible.

Chez Drouant, mardi 3 septembre, 12 heures. Dans leur petit salon ovale à l’étage, les dix jurés du prix Goncourt opèrent leur première sélection. « Le patron de Grasset, Olivier Nora, avait tout misé sur Orléans, il l’avait clairement dit à l’un d’entre nous en juin », confie l’un des jurés. Pendant l’été, comme toujours, les Goncourt se sont échangé des fiches de lecture. Pierre Assouline en a rédigé une sur Orléans, disant avoir trouvé la première partie, celle sur l’enfance battue, éblouissante, mais la seconde, sur l’adolescence provinciale, plus quelconque. D’autres trouvent que le roman est un peu « fabriqué ». Avant le vote, Assouline met en garde: « Jugeons le livre et uniquement le livre, oublions les polémiques ! » Voeu pieux. « Si on le met sur la liste, on va nous ressortir que les frères Goncourt ont aussi publié des écrits antisémites », murmure un juré. La polémique familiale n’est pas non plus la tasse de thé des convives, comme l’avouera plus tard Bernard Pivot. On passe au vote. Orléans n’est pas retenu. Exit les rêves de Goncourt pour Yann Moix et Grasset.

New York, jeudi 5 septembre. Le prestigieux New York Times consacre un article à cette polémique typiquement « frenchy » : « Un écrivain français accusé d’antisémitisme est snobé par un grand prix littéraire », annonce le quotidien américain. Le lendemain, le grand journal allemand Die Welt titre à propos de l’affaire : « Ce vieil antisémitisme français »…

Saint-Germain-des-Prés, vendredi 6 septembre. Yann Moix déjeune avec son ami Jérôme Corcos quand son téléphone sonne : Paris Première lui annonce la suppression de son émission, Chez Moix, à la rentrée d’octobre. Impossible d’animer un talk-show après une telle polémique, selon la direction des programmes.  » Cette émission représentait beaucoup pour lui, ça lui a mis un coup sur la tête », se souvient l’ami producteur. « Tu crois que je suis mort ? », répète-t-il une énième fois.

Café de Flore, mardi 10 septembre. Le jury du prix Décembre, qui se réunit dans le célèbre café de Saint-Germain-des-Prés, à Paris, est ennuyé. Au printemps dernier, ses membres ont coopté Yann Moix comme nouveau juré. Que faire ? Quelques jours plus tôt, Laure Adler, figure de Radio France, a demandé par mail aux autres jurés s’il ne convenait pas de l’exclure. « Non, cela le conforterait dans son rôle de persécuté », tranche la présidente, Amélie Nothomb. De toute façon, Moix n’est pas venu. Tout Paris ne parle que de lui, mais personne ne sait où il est. Depuis le scandale, on ne le voit pas non plus au prestigieux comité de lecture de Grasset, où il a été nommé deux ans auparavant. Le patron de la maison, Olivier Nora, confie, inquiet, à plusieurs amis : « J’ai peur qu’il se suicide… »

Paris, mi-septembre. Yann Moix a pris le chemin de la « techouva ». Un mot hébreu désignant le long processus de repentance dans le judaïsme, qui suppose d’obtenir le pardon terrestre des personnes offensées. Version 2019, cela revient pour l’écrivain à passer une longue série de coups de fil. D’abord à Francis Kalifat, le président du Crif : « Inconsciemment, j’attendais cet appel. Mais les premiers moments de sa vie sont impardonnables », confie ce dernier. Pardon refusé, donc. Moix appelle aussi Sacha Ghozlan, de l’UEJF, Gilles-William Goldnadel, l’avocat juif très à droite, et Pierre-André Taguieff, son ancien prof à Sciences Po, qui l’avait égratigné et avec lequel il parle de Céline et de Faurisson. Dominique Sopo, lui, n’a pas décroché quand le nom de Yann Moix est apparu sur son téléphone. Sur son répondeur, le patron de SOS Racisme a gardé le message vocal de ce copain régulièrement invité aux dîners de l’association. « Il voulait qu’on discute. Mais c’est trop tôt. A partir du moment où Yann reconnaît avoir fait une saloperie il y a trente ans, pour moi il n’y a pas d’affaire », affirme celui qui partage de nombreux combats avec BHL. Seule la Licra réagit publiquement via un tweet ferme de son président, Mario Stasi. « On voudrait entretenir l’idée d’une nomenklatura qui se protège qu’on ne s’y prendrait pas autrement », regrette un cadre de la Licra, amer…

Argentan (Orne), vendredi 13 septembre. Michel Onfray bout intérieurement. Depuis qu’il a publié un texte pour défendre Moix, le philosophe reçoit des dizaines de messages d’internautes furieux. Ils lui reprochent de s’être aligné sur BHL, l’ennemi honni ! L’auteur d’Orléans aura en effet réussi cet exploit : mettre BHL et Onfray d’accord, eux qui se méprisent cordialement depuis des lustres ! Alors, ce 13 septembre, assis à son bureau, face à la caméra de sa webtélé, Michel Onfray tente de se justifier. Non, il n’est pas un « germanopratin ». Non, il n’a jamais déjeuné ou dîné avec Moix. Oui, déplore-t-il, Moix a été contraint de « baiser l’anneau, non pas mafieux, mais épiscopal, de BHL ». Ouf, les abonnés sont rassurés.

Plateau d’On n’est pas couché, samedi 14 septembre, 1h25 du matin. Laurent Ruquier est obligé de lire à l’antenne un droit de réponse d’Alexandre Moix, qui réfute les déclarations de son frère Yann. Il aura fallu quinze jours de tractations serrées à Me Emmanuel Pierrat, l’avocat d’Alexandre Moix, pour l’obtenir. « On a discuté chaque virgule jusqu’au vendredi 17 heures ! » raconte-t-il. En échange, France Télévisions obtient la garantie de n’être pas poursuivie en justice par Alexandre Moix. Dernier détail à régler : Laurent Ruquier veut lire le droit de réponse en fin d’émission, Me Pierrat préférerait au début, on transige donc pour… le milieu ! Un autre cas est toujours entre les mains des juristes de France Télés : le sulfureux écrivain Marc-Edouard Nabe, également mis en cause par Yann Moix sur le plateau de Laurent Ruquier, a lui aussi réclamé un droit de réponse. En vain, pour l’instant. Même si Takis Candilis est récemment passé saluer l’animateur et sa productrice lors d’un enregistrement d’On n’est pas couché pour clore l’affaire, l’épisode Moix a laissé quelques traces. Ruquier a eu beau se défendre dans plusieurs interviews de toute connivence avec son ancien chroniqueur, il ne convainc pas vraiment. L’affaire a aussi fait des vagues du côté de Touche pas à mon poste. L’émission de Cyril Hanouna a diffusé une interview de la grand-mère de Yann Moix, 92 ans, réalisée par Eric Naulleau. Elle y défend le romancier, tout en taclant son frère Alexandre. Selon nos informations, ce dernier a demandé un droit de réponse à l’émission par la voix de Me Emmanuel Pierrat.

 

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Sud Radio / Lundi 2 septembre 2019 – Extraits de l’émission « 10h00 – midi »

 

Emmanuel Pierrat : « Yann Moix doit admettre avoir menti »

 

Après le passage de Yann Moix dans l’émission On n’est pas couchés, au cours de laquelle il a présenté ses excuses pour ses écrits négationnistes et racistes rédigés à l’âge de 22 ans, Emmanuel Pierrat, avocat des parents et du frère de Yann Moix, s’est exprimé sur Sud Radio.

 

Emmanuel Pierrat estime que Yann Moix doit aussi présenter ses excuses pour avoir menti à plusieurs organes de presse pendant la dernière semaine d’août 2019. Emmanuel Pierrat était l’invité de Valérie Expert, Rémy Pernelet et Gilles Ganzmann sur Sud Radio le 2 septembre 2019 dans « Le 10h – midi« .

 

« Un dispositif très complaisant »

« Je tiens tout d’abord à rappeler que Yann Moix est producteur de sa propre émission Chez Moix, diffusée sur Paris Première. Ce n’est pas uniquement un ami, c’est un aussi un salarié de la même entreprise. Et ce n’est pas rappelé une seule seconde par cette émission hautement déontologique. On est donc dans un dispositif très complaisant. Je trouve que c’est grave de l’interroger sur un air souriant en disant ‘Parlons littérature’, de ricaner avec un ancien négationniste sans avoir regardé, comme journalistes, ce dont on doit parler« , a estimé Emmanuel Pierrat.

 

« Yann Moix doit admettre avoir menti aux médias »

« On devrait l’interroger sur son rapport à la vérité. Il a menti toute la semaine dans L’Express, à deux reprises. Il n’a pas plaidé coupable sur les faits. Après, on a droit à la rédemption, je le pense. Mais on n’a pas le droit de dire sur un plateau de télévision qu’on n’a pas menti dans la même semaine à quatre ou cinq reprises« , a également déclaré Emmanuel Pierrat.

 

« On est très loin de la bande dessinée »

« Vous avez lu ces textes, on est très loin de la bande dessinée. On est sur des écrits négationnistes et racistes contre les Africains. Ces écrits viennent d’un donneur de leçons morales qui ne s’est pas privé ces dernières années de fustiger les antisémites, Nadine Morano, de donner des leçons de morale très péremptoires sur tout et n’importe quoi« , a conclu Emmanuel Pierrat.

 

Cliquez ici pour retrouver l’intégralité de l’interview média en podcast.

 

 

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Huffpost – Culture – 30 août 2019

Les parents de Yann Moix veulent « faire rectifier » son livre

 

L’avocat de la famille a confié que les parents et le frère de l’écrivain avaient l’intention de faire insérer un communiqué dans « Orléans ».

CULTURE – La famille Moix se déchire toujours un peu plus. Jeudi 29 août, c’est l’avocat de la famille, Emmanuel Pierrat, qui a ajouté sa pierre à l’édifice sur l’antenne d’Europe 1. Dans “Orléans”, paru le 21 août aux éditions Grasset, Yann Moix revient sur des sévices que ses parents lui auraient infligés durant sa jeunesse.

Des accusations mensongères selon la famille, qui veut forcer l’écrivain à insérer un communiqué, comme un droit de réponse, dans l’ouvrage de l’ancien chroniqueur d’“On n’est pas couché”.

Le souhait des parents, c’est de voir leur vérité rétablie, leur voix entendue. Il y a une voie simple, qui consiste à insérer un communiqué dans le livre. Nous sommes contre la censure, ses parents ont trop de respect pour la littérature. (…) Je ne vais pas faire interdire le roman, en revanche on va faire rectifier”, a précisé l’avocat.

Le père et le frère nient catégoriquement ces accusations

Selon Emmanuel Pierrat, rien de tout cela ne serait arrivé si Yann Moix n’avait pas décidé d’en faire une affaire personnelle. “Il s’en serait tenu au genre roman, nous n’en serions pas là. Mais à partir du moment où il est allé dans ‘Sept à Huit’ dire que ce n’était plus un roman mais un livre à charge, en donnant des adresses et des noms de famille, on est passés dans un autre registre”, a-t-il dit sur Europe 1.

Dans une interview à La République du Centre le 17 août, José Moix, âgé de 75 ans, assurait que son fils “n’a jamais été battu”, même s’il reconnaît avoir été “strict” et concède avoir corrigé son aîné lorsque celui-ci le “méritait”.

Alexandre Moix, le petit frère de Yann, avait lui publié samedi 24 août dans Le Parisien une lettre dénonçant ce qu’il estime être un “mensonge outrancier”. Il attribue la violence décrite dans “Orléans” à Yann Moix lui-même. “J’ai subi 20 ans durant des sévices et des humiliations d’une rare violence de sa part. Ceux-là mêmes qu’il décrit dans son roman, en les prêtant à nos parents”, écrit-t-il, qualifiant son frère de “tortionnaire” et de “destructeur”.